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Covid-19

Quarantaine sur appel

Contacter les personnes infectées par le virus, poser des questions, rassurer, informer et souhaiter un bon rétablissement: voilà la mission des employés du centre de traçage des contacts du canton de Fribourg.

Texte Benita Vogel
Photos Nicolas Brodard
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Alexia Migy et son équipe vivent des semaines bien ­chargées.

Sur la porte d’entrée, un écriteau orange indique «Cellule 4 – Singine-Lac». Dans le bureau, trois femmes et un homme sont assis à des tables -derrière des écrans. Chacun porte un masque et un micro-casque. «Quels sont vos symptômes?», demande -Patricia Schütz dans le microphone. – «Pouvez-vous respirer facilement?» – «Vous vivez seul?» – «Ah très bien, je vous envoie par e-mail un certificat d’isolement de dix jours.» – «Bon -rétablissement!» Patricia Schütz travaille pour le traçage des contacts du canton de Fribourg. Cette employée de commerce chevronnée officie ce matin à la cellule 4. Elle est responsable de la partie germanophone du canton. «C’est par l’entremise de l’ORP que j’ai eu ce poste. Ça me plaît parce que je peux aider les gens et que je ne dois pas rester à la maison sans rien faire», explique cette femme de 44 ans, qui a perdu son emploi dans une entreprise de restauration. 

Jusqu’à septante appels par jour

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De 8 h à 14 h, Patricia Schütz appelle les personnes qui ont été testées positives au Covid-19 et qui doivent être mises en isolement. Elle passe en revue une liste de questions, notamment pour savoir s’il y a d’autres personnes dans le ménage concernées par la quarantaine. Elle envoie ensuite des informations et une confirmation équivalant à un certificat médical. Patricia Schütz passe jusqu’à septante appels par jour et saisit tout dans un programme informatique développé à l’origine pour les épidémies d’Ebola par l’OMS. «Ça n’a jamais été aussi calme qu’aujourd’hui depuis des semaines», constate la traceuse.

Les employés du centre de traçage des contacts de Fribourg, divisé en six cellules correspondant à six régions, ont eu des semaines bien remplies. Avec plus de 2700 cas pour 100 000 habitants, le canton compte parmi les régions les plus touchées de Suisse. Il y avait parfois plus de 800 cas par jour. Le centre de traçage n’a pas tardé à ne plus pouvoir comptabiliser toutes les chaînes d’infection.

Changement de règlement

Aujourd’hui, seules les personnes vivant dans le même ménage qu’une personne infectée sont mises en quarantaine. Les autres personnes ayant été en contact avec un cas de coronavirus ne sont appelées que dans des situations particulières. Par exemple, en cas d’infection dans des institutions à risque comme les maisons de retraite. «Le 5 octobre, nous avons compté 11 cas positifs, le 10 octobre, le nombre était déjà passé à 144, explique Pierre Magnin, chef d’état-major de la Task Force cantonale. Aucun système, quelle que soit sa qualité, ne peut réagir lorsque le nombre de cas a triplé en cinq jours.» Si l’on part du principe que chaque personne infectée était en contact avec dix personnes, il faudrait appeler des milliers de personnes chaque jour. C’est presque impossible. 

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Alexia Migy, Gabriel Cortes et Patricia Schütz ne cesse de voir arriver de nouveaux collègues. Aujourd'hui, le centre de traçage sis dans l'agglomération de Fribourg compte 120 collaborateurs.

La Task Force cantonale a réagi en recrutant continuellement des traceurs et en louant des locaux supplémentaires. Aujourd’hui, 120 personnes, principalement des téléphonistes, travaillent dans un bâtiment de l’agglomération de Fribourg. Outre les chômeurs, il s’agit de personnes effectuant leur service civil ou d’étudiants. Ils gagnent environ 3900 francs bruts par mois. Les traceurs reçoivent une introduction aux processus et sont formés individuellement par des collègues qui travaillent dans l’entreprise depuis plus longtemps.

Avec l'appui des civilistes

Gabriel Cortes est l’un de ces employés expérimentés. Le jeune homme de
24 ans est aujourd’hui en charge de la hotline. Son bureau se trouve de l’autre côté du bâtiment. Les murs sont recouverts d’affiches de l’OFSP et de documents divers. «Quarantaines collectives» est écrit à la main sur une feuille de papier. Dessous s’étend une longue liste d’institutions avec leurs numéros, le nombre de personnes devant être mises en isolement et la date de leur mise en quarantaine.

Gabriel Cortes est l’un des six civilistes qui servent ici. «Je voulais faire un travail d’intérêt général utile qui profiterait à la société», dit-il. Depuis septembre, l’économiste d’entreprise est occupé par le traçage des contacts. «Trois semaines ici semblent être comme six mois de travail.» La deuxième vague est très intensive et la formation des collègues demande énormément d’énergie. «Parler toute la journée peut être épuisant», avoue le jeune homme. 

Une bouteille de vin en remerciement

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Tout à l’heure, Gabriel Cortes a reçu un appel d’une personne très impatiente, qui a dû attendre plus longtemps que prévu pour obtenir des informations. Le jeune homme n’a pas bronché. D’une voix calme, il a donné ses informations et apaisé les esprits. «Souvent, les gens sont dépassés par la situation.» Dans ce cas, les traceurs peuvent faire appel à du personnel médical pour les aider. Cela se produit également lorsque les patients ont des questions de santé spécifiques ou se plaignent de symptômes tels que des difficultés respiratoires. 

Il arrive aussi de temps en temps que les patients, lorsqu’on les interroge sur les dernières personnes qu’ils ont côtoyées, fassent semblant de ne pas se souvenir. «Mais dans l’ensemble, les gens sont très coopératifs quand nous les appelons», explique Gabriel Cortes. Dans le couloir, à côté des tableaux de conférence, sont épinglés des mots de remerciement. Un vieux monsieur a même envoyé une bouteille de vin à l’un des traceurs après sa quarantaine.

Le service civil de Gabriel Cortes durera jusqu’à la fin de l’année. Le contrat de sa collègue Patricia Schütz et de la plupart des autres traceurs va jusqu’à fin avril. La suite est du domaine de la spéculation, selon Pierre Magnin. La Task Force de Fribourg se prépare à de nombreux scénarios. En collaboration avec une société d’informatique suisse, elle développe des concepts visant à rendre le traçage plus efficace. Par exemple, un avertissement de mise en quarantaine par SMS plutôt que par téléphone ou des certificats médicaux envoyés automatiquement. Tout le monde espère ainsi que les chaînes d’infection puissent être mieux contrôlées, même en -période agitée. 

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