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Portrait

La farandole des santons

Grâce à Raymond Graf, retraité passionné, dix-huit crèches émerveillent les flâneurs à Aigle durant tout l’Avent et même plus longtemps encore...

Texte Véronique Kipfer
Photos Françoise Wavre/Lundi13
Raymond Graf

«En Provence, j’ai découvert les marchés de santons et des artisans qui ont des idées et des doigts d’or», explique Raymond Graf, jeune retraité passionné de crèches.

Au cœur du quartier du Cloître, à Aigle, il y aura plusieurs Petits Jésus à Noël. L’instigateur de ce miracle? Raymond Graf qui, depuis quinze ans, fait le bonheur des passants avec une crèche préparée juste pour eux durant la période de l’avent. Mais cette année, pour la toute première fois, il y en a dix-huit qui s’offrent aux regards dans le bourg. «C’est grâce au soutien des vignerons du quartier que j’ai pu en présenter plusieurs, car ils ont accepté de me mettre leurs vitrines à disposition, explique cet ancien opérateur en chimie. Nous avons essayé de créer une ambiance un peu différente à chaque emplacement.»

Des crèches des quatre coins du monde

On peut ainsi découvrir de minuscules crèches aux couleurs vives d’Amérique du Nord devant chez les Badan, deux superbes modèles africains épurés, l’un en marbre blanc, l’autre en ébène, ainsi qu’une délicate crèche allemande en bois devant la cave d’Alain Emery. «Et vous avez vu? Les vignerons ont même créé leur propre crèche, je trouve ça génial!», s’amuse Raymond Graf en montrant au bord du trottoir un ensemble de brantes, caisses et tonneaux, l’un pourvu de cornes de bœuf en carton, un autre d’oreilles d’âne, avec une caisse à vendange pour camper Jésus.

On poursuit notre flânerie, en passant devant de gracieux santons italiens et une crèche provençale riche en détails dans la vitrine de la cave Veillon. Mais c’est en arrivant devant celle de l’Association des Celliers du Chablais qu’on peut admirer le plus précieux trésor de Raymond Graf: une centaine de santons d’art, façonnés pour la plupart par le Provençal Henri Vezolles. «Je vais très régulièrement en Provence depuis des années, et toujours durant la période de l’avent. Cela m’a permis de découvrir les marchés de santons et des artisans qui ont des idées et des doigts d’or, raconte le passionné de crèches. Quand j’ai rencontré Henri Vezolles, j’ai admiré son travail et lui ai acheté mes premiers santons, l’Arlésienne et le Gardian, en 1995.» 

Devenu depuis le plus grand collectionneur du santonnier, Raymond Graf a même pris des cours avec lui: «Ses santons sont uniques en leur genre, car il utilise le système des quatre terres pour les créer: il n’y a aucune peinture, tous les éléments sont composés de terres de couleurs différentes, allant du crème à l’ocre intense. Et vous avez vu la précision inouïe des détails? Il se documente avant de reproduire chaque geste et chaque mouvement. Ainsi, par exemple, le tombé des robes des trois bohémiennes qui dansent, là-bas, est parfaitement juste.»

La creche de Raymond Graf

C’est le Provençal Henri Vezolles et ses santons de terres cuites qui ont inspiré à Raymond Graf sa passion des crèches.

Des figurines aux décors

Étant donné que son mentor ne fait pas beaucoup d’animaux – «En voyant un cheval pas très esthétique que j’avais posé dans un coin, il a décidé de m’en sculpter un, puis a créé quelques ânes et un dresseur d’ours à ma demande. Mais l’ours ressemble un peu au monstre du Gévaudan (Rires)!» –, Raymond Graf a façonné lui-même quelques moutons et des cochons: «Quand j’ai montré ces derniers à mes deux sœurs, elles se sont bien moquées de moi: étant donné que je suis daltonien, je les avais peints dans un beau rose, qui était en réalité du vert fluo!» Pour le plaisir, il a aussi créé une maraîchère, qui présente fièrement ses salades au milieu de la crèche. «Mais c’est le style d’Henri Vezolles et je ne veux pas le copier.» 

C’est également lui qui a construit les décors: une distillerie, un moulin, une boulangerie… «J’aime bien ajouter des détails amusants ici et là, ça fait plaisir aux gens. L’année prochaine, je vais créer une cascade et une cinquantaine de moutons en transhumance. Et puis, je tendrai un fil avec du linge, pour les lavandières…»

Detail de la creche

Pour le plaisir, Raymond Graf a façonné une maraîchère selon la méthode des quatre terres.

Passions multiples

Car rien n’est impossible pour ce jeune retraité: captivé depuis toujours par une quantité de sujets – dont l’histoire des crèches, bien sûr – et très habile de ses mains, il adore tout autant faire des recherches et créer que réunir et restaurer des objets anciens. «Cela doit être héréditaire, car mes grands-pères étaient sellier et forgeron. J’ai d’ailleurs conservé tout le matériel de 
sellerie de mon aïeul», dévoile-t-il. Par ailleurs, fana d’équitation, il nous raconte avoir visité dix-huit pays à cheval et nous montre fièrement chez lui quelques magnifiques selles ramenées en souvenir, notamment du Rajasthan, de Mongolie et des États-Unis. 

Dans une autre pièce, une collection de figurines de chevaux: «Plusieurs m’ont été offertes par des enfants du coin, pour me remercier quand je leur prête des objets pour leurs exposés. J’aime bien pouvoir leur faire découvrir des choses, ils sont toujours tellement curieux et intéressés! D’ailleurs, l’autre jour, un petit garçon m’a épaté: il était en train de regarder la crèche de Vezolles et il m’a dit: «Monsieur, ce n’est pas du sel, que vous avez mis là-bas dans les ­salines, c’est du sucre! Je le sais, j’ai appris à reconnaître les cristaux à l’école.» Il avait raison: j’ai mis du sucre, parce que le sel fond trop vite avec l’humidité…» 

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