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Voyage

Le camping-car fait boom

De plus en plus de gens sont séduits par les vacances sur les routes, à l’aventure. Alliant évasion et proximité avec la nature, cette façon de voyager se veut garante d’indépendance, même si cette année les aires d’accueil risquent d’être surchargées.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Niels Ackermann
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Cet été, beaucoup de Suisses passent leurs vacances au pays. Il est vrai qu’entre les toujours impressionnantes chutes du Rhin, les plages de sable du lac de Neuchâtel ou les plaines de la Haute Engadine, la Suisse a beaucoup à offrir. Pour rejoindre ces différents sites touristiques, de nombreux vacanciers optent pour le camping-car, qui jouit d’un fort engouement depuis plusieurs années. Entre 2010 et 2019, le nombre de ces véhicules a ainsi tout simplement doublé, passant de 33 000 à 65 000, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Et rien que l’an dernier, on a dénombré 5300 nouvelles immatriculations, soit une hausse de près de 20% par rapport à 2018.

Cette année, le Covid-19 aidant, le phénomène ne s’essouffle pas. Ainsi, chez Bantam-Wankmüller, le numéro un suisse de la vente et de la location de camping-cars, on confirme cet essor. «De la mi-mars à la mi-mai, nos trois sites d’Étagnières (VD), Hindelbank (BE) et Urdorf (ZH) étaient fermés. Mais depuis lors, nos ventes ont explosé et nous avons déjà rattrapé une bonne partie de notre retard», commente Dan Wankmüller, directeur général de la société.

Pour le Vaudois, tout porte à croire que la tendance va se poursuivre. «Le marché était favorable depuis plusieurs années, car de plus en plus de gens souhaitent être plus proches de la nature. En parallèle, les vacances en avion ont moins la cote et certains éprouvent de la honte de passer le week-end à Barcelone.» À cela s’ajoutent désormais des aspects sanitaires. «Prendre l’avion fait peur et les vacanciers sont peut-être inquiets de savoir que des femmes de chambre viennent toucher leurs affaires dans leur hôtel», analyse Dan Wankmüller.

Une tendance déjà ancienne

Pour répondre à cette forte demande, Bantam-Wankmüller propose pas moins de cinq cents modèles allant de moins de 50 000 francs à 200 000 francs pour les plus spacieux et les plus luxueux. «De plus en plus de jeunes s’intéressent au camping-car, précise toutefois Dan Wankmüller. Ils recherchent eux des modèles plutôt compacts comme des fourgons aménagés», précise le directeur.

Rédacteur du Globe, la revue de la Société de géographie de Genève, et ancien maître d’enseignement à l’Université de Genève, Bertrand Levy confirme que le mouvement est déjà ancien. «Dans les années 1960 en Australie, la démocratisation de la voiture a fait naître une envie de découvrir le pays. Beaucoup sont partis faire ce qu’on appelle le Big Trip, soit le tour de l’île en camping-car. Ce faisant, ils ont grandement popularisé ce mode de vacances confortable et pratique.» Par la suite, le phénomène a atteint l’Europe. «Il s’est plutôt développé dans le nord du Vieux-Continent. Les Scandinaves et les Anglo-Saxons sont très attachés à la notion de Home Sweet Home et le fait de pouvoir emporter sa maison plaît. À l’inverse, les Latins sont moins attachés à la résidence individuelle, et le camping-car y est moins populaire», analyse Bertrand Levy.

En Suisse, l’amour pour le camping-car a de beaux jours devant lui. «Je ne le vois pas comme une mode passagère, mais plutôt comme une tendance lourde, qui gagne actuellement en intensité, poursuit le géographe. Car si de plus en plus de compatriotes s’y mettent, c’est aussi parce que nous connaissons une insécurité économique. Partir ainsi permet de moins dépenser que dans un hôtel. Par ailleurs, ces véhicules permettent de vivre l’expérience du camping au printemps et en automne également.»

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Des vacanciers utiles à l’économie

Pour Richard Bloch, président du Camping-car club Suisse romande (CCCSR), la hausse des camping-cars sur les routes ne se traduit pas forcément par de nouvelles inscriptions à son club. «Les jeunes ne sont pas forcément intéressés par nos activités communes que nous organisons deux fois l’an», commente le Genevois. Puis de poursuivre: «C’est dommage, car nous travaillons pour l’ensemble des camping-caristes: nous mettons à jour la carte des aires d’accueil en Suisse et sensibilisons les communes à la création de nouvelles places de stationnement.»

Et il y a urgence, car pour le club, la Suisse, à l’inverse des pays comme la France ou l’Allemagne, n’a pas encore saisi le filon que peut représenter ce type de vacanciers. «Nous discutons par exemple avec les communes afin que le prix fixé oscille entre 5 et 15 francs par camping-car et par nuit. Au-delà, les gens iront ailleurs. Ce qui serait dommageable pour une commune, car les camping-caristes sont aussi des consommateurs. Ils vont aller le soir dans un restaurant ou faire des courses dans les magasins. Les communes ont donc intérêt à les capter, car ils font marcher l’économie locale.»

Pour Richard Bloch, notre pays peut donc mieux faire. Surtout que le manque de place se fera sentir cette année. «Cet été, beaucoup de Suisses partent sur les routes et il pourrait y avoir effectivement des bouchons sur les aires de stationnement. Un problème nouveau, car les autres années, nous étions finalement encore relativement peu nombreux; les camping-caristes étrangers ne venant que peu, effrayés par le coût de la vie.»

Le saviez-vous?

Migros possède son propre camping, au pied du Monte Generoso. Situé dans un parc arboré à Melano (TI), au bord du lac de Lugano, le terrain peut accueillir soixante-sept camping-cars et caravanes ainsi que nonante tentes. Le camping dispose d’une petite épicerie, d’un espace jeu pour les enfants jusqu’à 5 ans, d’un bar préparant des grillades ainsi que d’une plage privée proposant des activités nautiques (stand up paddle, par exemple). À noter encore que sept caravanes peuvent être louées entièrement équipées et que certaines d’entre elles disposent de la climatisation.

Réservations obligatoires: www.campingmontegeneroso.ch

La liberté dans un espace restreint

Si l’engouement pour ce mode de vacances n’est pas pour déplaire à Richard Bloch, le président du  CCCSR sait aussi freiner l’ardeur des débutants. «Je leur conseille toujours de louer un camping-car avant d’en acheter un, histoire de voir si cela leur plaît vraiment. Par ailleurs, il est  primordial que cela soit un projet collectif et non pas le rêve d’un seul membre du ménage. Si tel est le cas, il y aura vite des tensions au sein du couple ou de la famille. Car il ne faut pas oublier que l’habitacle est restreint. Quand il pleut, durant la nuit ou lorsqu’on roule, tout le monde est confiné à l’intérieur.» La notion d’évasion et de liberté a aussi ses limites.

«Tout le monde regarde ce vieux bus»

Olivier Richard, 48 ans, Engollon (NE), conseiller  en prévoyance, avec Laure Othenin-Girard, 38 ans, Le Locle (NE), intervenante  socio-scolaire, roulent en bus VW T2  de 1977 depuis l’an dernier.

«Ce vieux bus VW a longtemps dormi dans une grange. Le père de mon amie, qui est garagiste et propriétaire du véhicule, a décidé il y a quelque temps de lui redonner un coup de jeune au niveau de la mécanique afin qu’il roule à nouveau. De notre côté, nous avons entrepris en début d’année des transformations au niveau de l’habitacle. Nous avons changé le sol, installé de nouveaux rideaux et des coussins, par exemple. Comme nous voulions rester minimalistes, nous avons juste installé une grosse boîte dans laquelle se trouvent des assiettes et des couverts ainsi qu’un réchaud à gaz et quelques denrées. Ce contenant est amovible et nous pouvons l’emporter si nous prenons notre voiture par exemple.

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Olivier Richard et Laure Othenin-Girard se réjouissent de pouvoir voyager au plus près de la nature

Étant donné que le véhicule ne dépasse pas les 80-90 km/h, nous avons décidé de ne pas emprunter les autoroutes et n’avons pas de vignette. Nous prenons ainsi des chemins de traverse et vivons au rythme, très lent, du vieux bus. Dans les villages, nous roulons à 40 km/h. Tout le monde nous regarde et nous fait des signes. C’est sympa. Si je roulais à la même vitesse avec une voiture, j’énerverais par contre tout le monde. Nous apprécions beaucoup ce qui se dégage de ce véhicule. On se détend tous et on se laisse aller.

Cet été, nous partirons à trois, puisque mon fils de 14 ans nous accompagnera. Nous avons l’intention de visiter les Préalpes fribourgeoises et la région d’Adelboden. Nous ne prévoyons pas d’itinéraires très précis, car de toute façon si la pente est trop forte, nous devrons faire demi-tour. Dans tous les cas, nous nous réjouissons tous beaucoup de pouvoir vivre au plus près de la nature.»

«Nos enfants se réjouissent de passer leur première nuit dans un camping-car»

Pauline Cornille, 42 ans, Nods (BE), assistante de direction, loue pour la première fois un camping-car (Fiat Chausson Titanium EB)

«Mon mari et moi sommes français et passons d’habitude nos vacances auprès de nos familles. Du fait de la situation, nous avons décidé de rester cet été en Suisse. Nous y habitons depuis dix ans et il y a encore des régions de notre pays d’adoption que nous ne connaissons pas.

Pour faire notre tour de Suisse qui nous emmènera dans les Grisons, au Tessin et en Valais, nous avons décidé de louer un camping-car. En été, nous préférons la location ou le camping à l’hôtel mais cette année, nous ne voulions plus dormir sous tente. Nous avons beaucoup campé par le passé et voulions une solution plus confortable.

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Cet été, Pauline Cornille partira en famille découvrir des coins de Suisse encore inconnus.

Nous avons trouvé notre bonheur sur MyCamper.ch, un site de location de particulier à particulier, plus avantageux que des agences de location privées. Comme nous avons réservé notre véhicule en avril déjà, nous avions encore un large choix. Le camping-car que nous louons est tout équipé et possède un porte-vélos. Pour nous, c’était un critère essentiel. Car nous voulons emporter avec nous nos quatre bicyclettes pour faire de petites excursions sur place.

Le modèle choisi est assez grand avec ses 7,5 m de long. Nous allons emporter un GPS doté d’un calibrage qui nous indiquera à l’avance si l’on peut emprunter telle ou telle route. Et pour éviter toutes déconvenues au niveau des places de stationnement, nous avons déjà réservé des emplacements dans tous les campings. Cela n’a pas toujours été facile, car certains étaient déjà complets à la mi-juin, mais nous avons finalement trouvé des places pour la nuit dans chacune des régions que nous voulons visiter.

Quelques jours avant nos vacances, j’éprouve une petite appréhension et me demande comment se passera la vie à quatre dans le camping-car sachant qu’il nous faudra être très ordonnés pour ne pas nous laisser submerger par le désordre. Cela étant, j’ai hâte de partir à l’aventure. Nos enfants aussi. D’ailleurs, ils ont déjà dit qu’ils allaient dormir dans le camping-car dès le premier soir où nous l’aurons. Et tant pis s’il sera encore parqué devant notre maison.»

«Le secteur du camping marche bien»

Christian Gerlach, vous êtes responsable de l'assortiment Outdoor à Migros. Le boom du camping-car en particulier et du camping en ­général se traduit-il par un boom des ventes chez «SportXX»?
Actuellement, le secteur du camping marche bien, mais on ne peut pas parler de boom. Les ventes sont d’ailleurs assez identiques à celles des autres années. Certes, davantage de Suisses se mettent au camping, mais ils ne compensent pas la clientèle des open air que nous avons perdue cet été. Or, celle-ci est très friande des articles de camping.

Quels sont les articles les plus recherchés actuellement?
Les tentes familiales et de trekking ont le vent en poupe cette année. Viennent ensuite les accessoires comme les réchauds, les lampes frontales ainsi que les chaises et tables de camping, qui se vendent très bien. Et cette année, pour satisfaire les camping-caristes toujours plus nombreux, nous proposons dans notre boutique en ligne des auvents pour bus.

Le secteur parvient-il à se réinventer?
Oui. Depuis quelque temps, nous proposons dans notre assortiment un choix de tentes dont l’armature est gonflable. C’est très pratique. Ces tentes se montent très facilement, sont très résistantes et offrent plus de place à l’intérieur que les modèles classiques.

«Il m’est arrivé d’utiliser mon van pour des déplacements professionnels»

Loris Grillet, 34 ans, Genève, graphiste web-designer, van California T4 VW acheté en 2017

«Je rêvais depuis longtemps d’avoir un camping-car. C’est pour moi une grande idée romantique que de pouvoir se déplacer avec sa maison. Avant d’en acheter un, j’en ai emprunté un deux ou trois fois à des amis. Puis j’ai osé franchir le pas. Mon épouse m’a fait aveuglément confiance et n’a même pas vu le modèle avant que je l’acquière. Il faut dire que j’étais sûr de moi. Quand je suis entré pour la première fois dans ce van, c’était comme une évidence. Je me suis tout de suite senti chez moi, à l’aise avec lui. Du coup, notre véhicule a même désormais un surnom: Stan The Van. Il fait maintenant partie de notre famille et a besoin, comme nous tous, de pauses, notamment quand il est en surchauffe.

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Loris Grillet a toujours rêvé d’avoir un camping-car. C’est à présent chose faite et toute la famille en profite.

Nous avons opté pour un modèle compact. C’est en fait une grosse voiture qui permet de se déplacer en ville assez facilement. De ce fait, nous avons dû fermer les yeux sur certains aspects du confort vu que l’habitacle est assez restreint, mais cela nous convient bien.

En 2018, nous avons fait le Grand Tour de Suisse en suivant l’itinéraire de Suisse Tourisme. Nous avons découvert de magnifiques régions et avons beaucoup roulé, sans savoir où nous allions dormir le soir même. Cela fait partie de l’excitation du voyage et il faut accepter de ne pas tout planifier. Tout en sachant qu’on ne sera jamais à la rue, vu que nous roulons avec la maison.

Il m’arrive aussi d’utiliser le van pour des déplacements professionnels, notamment quand je n’ai pas la possibilité de rentrer chez moi le soir. Je dors alors dans les vignobles de Lavaux ou au bord du Léman. Ce sont les canards qui me réveillent le matin. Il y a pire comme vie…»

«Nous utilisons notre camping-car aussi en hiver pour aller skier»

Alessandro Ichino, 73 ans, Pully (VD), retraité technicien-électronicien du département de physique de l’EPFL, camping-car XC 595 C Laika, acheté il y a dix ans.

«J’ai acheté mon premier camping-car il y a vingt-cinq ans suite au vol de ma caravane! L’argent de l’assurance m’a permis de me procurer un modèle d’occasion et je ne regrette pas ce petit coup de pouce du destin. Depuis, j’ai eu différents modèles qui me procurent la même sensation d’être chez soi même quand je suis en vacances.

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Alessandro Ichino est un fan de camping-car. Son véhicule tout-terrain l’emmène partout, et même sur un autre continent.

Avec mon épouse, nous aimons tellement ce genre d’hébergement que nous utilisons notre camping-car également en hiver. Nous allons par exemple au camping des Diablerets. S’il y a assez de neige, on peut presque skier jusque devant la porte. Notre modèle est doté d’un chauffage à gaz pour chauffer  l’habitacle et l’eau de la douche. Je peux même le programmer et il se met en marche durant la dernière descente pour que nous n’ayons pas froid en arrivant. Nous avons aussi un réservoir doté d’un système antigel et des panneaux solaires sur le toit qui nous permettent d’avoir une autonomie de trois jours en électricité. Nous pouvons donc utiliser notre camping-car en toutes saisons et sommes assez libres. La seule chose dont nous avons besoin, c’est d’une borne de vidange des eaux usées et d’un ravitaillement en eaux propres.

Que ce soit en hiver ou en été, nous mangeons le soir dans les restaurants alentour ou dressons parfois une table à l’intérieur du camping-car en y disposant une petite bougie…

Nous avons aussi participé plusieurs fois à des voyages organisés. Cela peut être pratique. Nous sommes allés ainsi au Maroc. Le voyagiste se charge de réserver des places sur le bateau et des aires destationnement. Passer des vacances peut de cette façon être très convivial. Au départ, on ne connaît personne et à la fin, on s’est fait des amis. Mais seulement si on le  souhaite. Car personne ne vous oblige à rien. Par ailleurs, le contact avec la population locale est toujours très intéressant et il n’est pas rare que quelqu’un nous demande de visiter notre bus.»

Que dit la loi?

En Suisse, le stationnement des camping-cars n’est pas régi par la loi fédérale sur la circulation routière étant donné que l’arrêt pour une nuit est considéré comme un usage accru du domaine public. Il incombe donc aux cantons de définir ce qui est permis ou non. Or, ceux-ci ont très souvent laissé les pleins pouvoirs aux communes dans ce domaine. Au final, la réglementation varie d’une commune à l’autre. Avant de parquer son camping-car hors des zones ad hoc, il faut donc se renseigner sur les textes de loi locaux, ce qui n’a rien d’aisé, surtout si le conducteur arrive tard et que les ­bureaux sont déjà fermés…

De manière générale, on peut dire que les cantons des Grisons et de Berne se montrent stricts avec les camping-caristes. Appenzell et Genève sont beaucoup plus permissifs. Pour Richard Bloch, président du Camping-car club Suisse romande (CCCSR), il est possible de partir du principe que «le stationnement pour la nuit est autorisé s’il n’est nulle part ­indiqué qu’il est interdit». 

Sachant cela, il faut essayer de trouver le propriétaire du terrain pour lui demander la permission de stationner et surtout faire preuve de bon sens. Ainsi, on évitera de ­parquer son véhicule dans un champ ou devant une villa, ce qui pourrait obstruer la vue. De plus, il est ­essentiel de toujours remporter tous ses déchets au moment de ­repartir.

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