Navigation

Migros - M comme Meilleur.

La durabilité:

nous ne faisons pas qu’en parler, nous agissons. En savoir plus!

Agriculture

Le challenge de l’agriculteur bio

Avec la crise du coronavirus, les achats de fruits et légumes sont en augmentation. Les produits biologiques sont les plus recherchés. Pour éviter les pénuries, le fournisseur de Migros Christian Rathgeb a avancé ses semis et aimerait inciter les consommateurs à acheter des légumes un peu moins beaux que d’habitude.

Texte Benita Vogel
Photos Roger Hofstetter
bio-bauer-5-neu

Christian Rathgeb inspecte les plants de courgettes. Étant donné que la sécheresse perdure, celles-ci ont besoin d’un apport d’eau supplémentaire.

De longues bandes blanches zèbrent les champs. En s’approchant, on s’aperçoit qu’il s’agit en fait de plantations de légumes. Ces dernières semaines, les collaboratrices et collaborateurs de Rathgeb Bio, dans le Weinland zurichois, ont planté des courgettes. Comme le temps et le sol sont secs, ces dernières doivent être arrosées dès maintenant pour ne pas prendre de retard dans leur croissance et conserver une qualité optimale. De bons rendements sont particulièrement cruciaux pour les maraîchers cette année. La demande pour leurs produits ne faiblit pas, bien au contraire. Depuis le début de la crise du coronavirus, elle s’est accrue d’un tiers en Suisse. Les gens mangent davantage chez eux, car ils télétravaillent et les restaurants sont fermés. Par ailleurs, l’aspect «santé» a également gagné en importance.

bio-bauer-6

De longues bandes blanches zèbrent les champs. En s’approchant, on s’aperçoit qu’il s’agit en fait de plantations de légumes.

Les produits bio à l’honneur


Les exploitations biologiques comme Rathgeb Bio à Unterstammheim (ZH) fonctionnent par conséquent à plein régime, d’autant plus que les variétés bio sont particulièrement recherchées. «Nous avons l’habitude des fluctuations, mais aujourd’hui nous constatons une demande sans précédent», déclare Christian Rathgeb, 52 ans, qui approvisionne Migros depuis vingt- cinq ans. Chaque jour, ce sont 25 tonnes de carottes qui quittent l’entrepôt de Rathgeb, soit environ 5 à 10 tonnes de plus qu’en temps normal. Cela représente un surcroît de travail pour le responsable et ses employés. Même les poireaux d’hiver et les pommes de terre de conservation partent plus vite que d’habitude. Le nouvel entrepôt d’Unterstammheim (ZH) qui peut accueillir 6000 tonnes de légumes se vide plus rapidement que les années précédentes. «Fin avril, il n’y aura plus de carottes», indique le producteur bio.

Normalement, les stocks durent jusqu’au début ou au milieu du mois de mai. «Une planification des ventes encore plus précise que d’habitude est donc essentielle.» Il échange ainsi quotidiennement avec ses clients par conférence téléphonique sur les prévisions de récoltes, le calendrier et les quantités à livrer. Auparavant, ces discussions avaient lieu une fois par mois seulement.

bio-bauer-1

Christian Rathgeb discute des tâches du jour avec ses collaborateurs.

Davantage de personnel


Compte tenu de l’accélération des ventes, le maraîcher et sa cellule de crise ont passé au crible tous les processus de l’entreprise, notamment la planification des semis et des plantations. Le semis des carottes d’été a par exemple été avancé. «Cela nous permettra de disposer des produits plus tôt et d’assurer un meilleur approvisionnement à moyen terme», selon Christian Rathgeb.

Sa marge de manoeuvre est toutefois limitée: dans le bio, la croissance des plantes dépend encore plus des conditions météorologiques que dans l’agriculture conventionnelle, et les engrais chimiques de synthèse comme l’azote ne sont pas autorisés. Planter simplement davantage de légumes n’est pas si facile. L’exploitation Rathgeb s’appuie sur des plans à long terme avec des rotations de cultures définies à l’avance pour préserver la fertilité des champs.

Mais, le facteur le plus important reste la main-d’oeuvre. S’il y avait des absences maintenant, Rathgeb ne pourrait pas semer, planter et récolter au rythme habituel. Au printemps, l’entreprise emploie normalement jusqu’à 270 personnes, dans les champs, dans l’entrepôt, pour le conditionnement, la logistique, la vente et la gestion administrative. Actuellement, elle compte environ 300 collaborateurs. «Nous avons délibérément augmenté nos effectifs au début du mois de mars et fait appel plus tôt que d’habitude aux saisonniers de longue date venant du Portugal et d’Europe de l’Est pour les récoltes.» Christian Rathgeb voulait avoir suffisamment de personnel pour éviter de solliciter excessivement ses employés.
L’entreprise s’appuie sur des collaborateurs expérimentés. «L’idée de faire appel à des personnes sans emploi en cette période de confinement est certes séduisante, mais les exigences des deux côtés sont considérables.» Et cela ne s’applique pas seulement à la formation. «Le travail dans les champs est difficile, les journées sont longues et il faut pouvoir tenir le coup», insiste le responsable. Il faut aussi prendre en compte le risque que les gens partent du jour au lendemain lorsque les magasins et les restaurants rouvriront. «Nous gardons une liste des personnes intéressées qui nous contactent et nous nous sommes inscrits sur des plateformes d’emploi pour nous préparer au cas où nous manquerions de personnel.» Mais, pour l’instant, Rathgeb a pu embaucher du personnel issu d’entreprises partenaires.

bio-bauer-2

Des vitres en plexiglas ont été installées dans la zone de conditionnement pour protéger les employées.

Garder ses distances

Pour que la situation reste stable, Christian Rathgeb concentre ses efforts sur la santé et l’hygiène. «Nous respectons strictement les directives de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).» Des formations spécifiques sur l’hygiène ont été organisées et des vitres en plexiglas ont été installées dans l’espace de conditionnement. Christian Rathgeb a par ailleurs loué des bus supplémentaires pour garantir des distances suffisantes lors du transport vers les champs. «Avant il y avait neuf personnes dans un bus, maintenant c’est quatre ou cinq.»

Christian Rathgeb est confiant et s’estime en mesure d’approvisionner ses clients en légumes biologiques suisses frais en quantité suffisante, même pendant cette période difficile. Stephan Blunschi, responsable des achats de fruits et légumes au sein de la Fédération des coopératives Migros, est optimiste lui aussi, même s’il doit chercher des fournisseurs supplémentaires pour quelques produits au cours des prochaines semaines. «Cela fait partie de nos activités quotidiennes et nous pouvons nous appuyer sur un réseau étendu et solide», précise-t-il.

Pour ce qui est de la disponibilité, Christian Rathgeb a une autre idée: «En cette période particulière, il faut aussi acheter les spécimens qui ne correspondent pas aux normes esthétiques.»

Pour éviter le gaspillage

Concernant l’achat de fruits et légumes, Migros a revu ses critères en termes de gabarit afin d’aider les producteurs livrant la gastronomie à écouler leurs produits. Ainsi, les magasins Migros de toute la Suisse proposent depuis mi-avril des carottes plus grosses qu’habituellement. Issues de l’agriculture conventionnelle, celles-ci étaient destinées aux restaurateurs.

Dans toutes les régions, Migros fournit de gros efforts au niveau local pour venir en aide aux fournisseurs se trouvant sans canal de vente. Citons les exemples de Migros Vaud, qui a acheté des fruits destinés au commerce de gros et à la restauration ou de Migros Genève, qui a aidé l’Union maraîchère de Genève à écouler des salades et des concombres qui auraient fini à la déchetterie du fait de la fermeture des restaurants.

Par ailleurs, les coopératives Migros de Suisse romande soutiennent les producteurs «De la région.» en mettant leurs spécialités en évidence dans les supermarchés ou en organisant des promotions. À Migros Vaud, les salades Friseline et les oignons frais «De la région.» ont ainsi été proposés en action.

Enfin, notons que Migros propose aussi, selon les régions, des produits carnés destinés préalablement à la restauration. Ici encore, le but est le même: venir en aide aux producteurs et éviter tout gaspillage.

Plus d'articles