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L’école à l’heure de la quarantaine

Entre élèves absents et difficulté à trouver des remplaçants pour les enseignants malades, l’école en période de coronavirus cherche encore ses marques.

Texte Patricia Brambilla
Photos Getty Images
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Si l’école a repris com­me prévu, en présentiel, l’ambiance reste tendue. Parce que les absences quotidiennes, tant du côté des élèves que des enseignants, perturbent la sérénité de l’apprentissage. Côté parents, les questions fusent. «On a pas mal de demandes par téléphone, par mail et par Facebook. La majorité des questions sont liées au Covid. Certains parents voudraient que l’on ferme les établissements pour repasser à l’enseignement à distance, d’autres veulent le maintien des écoles ouvertes», détaille Christine Müller, secrétaire générale de l’APE Vaud, l’association vaudoise des parents d’élèves, qui doit gérer entre vingt et trente appels par semaine, soit le double de l’ordinaire.

Comme les mesures ne sont pas identiques partout, parfois à l’intérieur d’un seul canton, on s’interroge aussi sur les disparités entre les écoles. «Dans le même établissement, certains enseignants sont très stricts sur le port du masque, alors que d’autres beaucoup moins. Tout dépend du taux d’anxiété de chacun», observe Jacqueline Lashley, présidente de la FAPERT, organe faîtier des associations de parents d’élèves de Suisse romande et du Tessin.

Une rentrée très compliquée

En ces temps troublés, tout est propice à l’anxiété. Comment rattraper les cours manqués? Est-ce que cette année scolaire sera certifiée? «On voit poin­dre des interrogations sur la validité des bulletins, des diplômes, sur une possible baisse de niveau, surtout au niveau du post-obligatoire», confirme Christine Müller. Chaotique, cette rentrée? Disons très compliquée. Mais les autorités comme les responsables de l’éducation sont unanimes: garder les écoles ouvertes est une nécessité.

«On n’est pas davantage prêt qu’au printemps»

Samuel Rohrbach, président du Syndicat des enseignant(e)s romand(e)s

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Samuel Rohrbach, comment se passe cette rentrée particulière?

Ça se passe relativement bien, même s’il reste beaucoup d’interrogations par rapport à la suite. On est en flux tendu dans plusieurs établissements romands, parce qu’il y a beaucoup de quarantaines non seulement parmi les élèves, mais aussi dans le corps enseignant. Le plus problématique, c’est le nombre d’enseignants absents que l’on peine à remplacer. On trouve des remplaçants, mais ce sont des étudiants, des personnes non formées, pas forcément disponibles sur la durée…

On a l’impression que la situation est assez chaotique…

Disons que, dans tous les établissements, il y a un pourcentage d’élèves en quarantaine, positifs ou malades, pas forcément du Covid. C’est une surcharge de travail pour l’enseignant qui doit un peu jongler, s’occuper de la classe de vingt élèves tout en assurant le suivi des absents. Un enseignant ne peut pas se dédoubler. De plus, comment évaluer le travail de l’élève en quarantaine? Dans certains cantons, on demande d’utiliser les plateformes numériques qui ont été mises en place. Mais, depuis ce printemps, les ­enseignants et les élèves n’ont pas eu le temps de se former à les utiliser. Ces problèmes ressortent aujourd’hui.

Constatez-vous beaucoup de lacunes dues au premier semi-confinement?

Chaque année, quelle que soit la situation, on doit toujours retravailler certains sujets. Le programme est organisé en cycles, si un sujet n’a pas été vu, il sera refait d’une autre façon l’année suivante. Certains élèves ont des lacunes, mais ce sera retravaillé. Les objectifs d’apprentissage sont à atteindre en fin de cycle.

N’est-il pas plus difficile de motiver les élèves dans ce climat incertain?

Oui, clairement. Les élèves voient que certains copains ne sont pas là, ils pensent qu’il n’y aura pas d’évaluation parce que la classe n’est pas au complet. Et c’est vrai qu’il n’y a pas une leçon où il ne manque pas un élève… En tant qu’enseignant, il faut avoir des règles claires, montrer que l’on continue à travailler même dans ce contexte. D’autres moments se sont ajoutés, comme le lavage des mains où l’on peut discuter. Cela crée une autre dynamique de cours, qui est positive.

La situation n’est-elle pas moins égalitaire qu’au printemps où tous les élèves étaient confinés en même temps?

Non, je ne pense pas qu’il y ait plus d’inégalité maintenant. Au printemps, les visioconférences, par exemple, fonctionnaient avec les plus grands, mais tous les élèves n’ont pas le même équipement informatique ni des parents pouvant les aider. Aujourd’hui, on peut suivre les élèves en classe, reprendre là où il faut avec ceux qui ont raté quelques jours, faire un enseignement différencié. Bien sûr, dans certains cas, les élèves cumulent les quarantaines… Il faut gérer, garder le contact, ne pas les laisser tomber. Mais cette fois, on sait qu’ils sont à la maison, car en quarantaine, alors qu’au printemps, certains élèves sont vraiment passés sous le radar.

 Le but, c’est d’éviter la fermeture des écoles?

Franchement oui. Il y a un consensus au niveau des autorités et des responsables de l’éducation pour éviter de fermer les écoles, et de recréer des inégalités. Il faut maintenir les écoles ouvertes autant que possible, peut-être en adoptant d’autres solutions, au besoin en refaisant des demi-classes. Le Tessin, qui a dû fermer 11 classes sur 607, vient de prendre de nouvelles mesures, en imposant le masque dès la 6e année, soit pour les 9-10 ans.

S’il fallait repasser en semi-confinement, est-ce que vous seriez prêt?

Non, on a acquis de l’expérience, mais on n’est pas davantage prêt qu’au printemps. On a toujours autant d’élèves qui n’ont pas d’ordinateurs à la maison. On a une plateforme de communication, une classe virtuelle, mais il faut se l’approprier, ­apprendre à l’utiliser. Certains élèves ne savent pas écrire un courriel... Entre enseigner, gérer les classes et les élèves en quarantaine, les enseignants n’ont pas eu le temps de se former non plus.

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