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Podcast, le son du futur

On y cause jeux vidéo, politique ou faits divers… Depuis ces dernières années, les contenus audio digitaux ne cessent de se multiplier. Une tendance en plein essor en Suisse romande.

Texte Nadia Barth
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Illustration: Getty Images

Perfectionner ses connaissances en cuisine, approfondir un ­sujet brûlant d’actualité ou encore décortiquer des phénomènes de société… Voilà quelques-unes des 1001 possibilités qu’offre aujourd’hui le podcast. Depuis quelques années, ces contenus audio ont le vent en poupe. Leurs particularités? Ils permettent d’aborder des ­sujets souvent plus pointus que les médias généralistes, tout en créant un lien intime et direct avec l’auditeur. Très populaires notamment aux États-Unis et en France, l’enthousiasme pour ces contenus sonores gagne aussi petit à petit la Suisse romande. Journalistes, amateurs, spécialistes en tous genres et même marques et entreprises se sont emparés de ce nouveau format (lire ci-dessous). Mais de quoi parle-t-on exactement, qu’est-ce qu’un podcast?

Des exclusivités web

L’origine de ce terme est liée au lancement de l’Ipod par Apple et se compose de la contraction de «Ipod» et «broadcast», qui ­signifie «diffusion» en anglais. Concrètement, le mot désigne un contenu audio qu’on écoute sur son ordinateur ou via une application sur son smartphone. Pendant longtemps, le podcast faisait surtout référence aux ­«replays» d’émissions radio disponibles à la demande sur le web. Mais depuis quelques années, c’est un autre genre de contenu qui a la cote: le podcast natif, soit des créations sonores exclusivement diffusées sur internet. Certains sont même devenus de véritables phénomènes, telle l’émission américaine de chroniques judiciaires baptisée Serial. Il s’agit du podcast le plus téléchargé de l’histoire, soit 175 millions de fois pour la seule première saison, parue en 2014.

Pas étonnant dès lors de voir les géants du web tenter de se positionner sur ce marché qui s’annonce très lucratif. Après Apple et Google, Spotify propose d’ailleurs à son tour des podcasts sur sa plateforme. Autant dire que le format a encore de beaux jours devant lui.

 

Conseils pratiques: réaliser son podcast

Comment se lancer dans la création d’un podcast?

Comme pour tout, au début il y a l’envie. L’envie de raconter, partager, rencontrer… Elle est nécessaire, car c’est elle qui vous donnera la motivation de mener à bien votre projet. Ensuite, il est intéressant d’écouter ce que font les autres dans ce domaine afin de définir ce qui vous plaît à la fois dans le ton, le rythme, le type de montage, etc. Il s’agit d’autant d’éléments qui vous permettront de construire votre propre identité et de vous donner une direction.

Quel matériel faut-il pour fabriquer un podcast?

Il faut bien sûr tout d’abord un ­ordinateur et une connexion internet. Pour l’enregistrement du son, il est préférable de se doter d’un microphone et d’un casque ou d’écouteurs. Pour le montage et le mixage, il existe plusieurs logiciels tels qu’Audacity, Reaper ou Logic pro X. Enfin, pour mettre en ligne votre contenu, vous pouvez utiliser un service dédié tel que Simplecast ou Speaker.

L’hébergement d’un podcast est-il payant?

Oui, mais il se paie de différentes manières: certains hébergeurs vous font directement payer un abonnement, d’autres proposent des formules «gratuites» jusqu’à un certain plafond (audience, nombre de podcasts, etc.). D’autres, encore, sont gratuits, mais prennent un pourcentage sur toute publicité que vous vendez ou font tourner de la publicité autour ou dans votre podcast.

Infos: une partie des informations ci-dessus sont tirées du site Checklistpodcast.fr

Les médias se lancent dans le créneau

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Journaux, télévisions, radios… Depuis environ deux ans, les médias suisses sont nombreux à s’être emparés à leur tour du podcast en créant leurs propres contenus. C’est le cas de la RTS qui a développé une plateforme dédiée à ce format. «On s’est lancés sur ce créneau en 2018, car comme tous les médias en ce moment, il faut que l’on réfléchisse à renouveler notre offre pour pouvoir toucher de nouveaux publics, explique Armelle Roullet de la Bouillerie, responsable des contenus numériques à la RTS. On se rend compte que la radio et la télévision touchent de moins en moins les plus jeunes. Or, c’est notre rôle de service public de créer des contenus qui s’adressent aussi à eux.» Actualité, sujets de société, féminisme… En tout, la RTS compte aujourd’hui vingt podcasts natifs. 

«Au début, on est partis avec l’idée qu’on allait essayer des choses. Quand on a ­démarré, la tendance portait surtout sur les podcasts intimistes et narratifs avec beaucoup de témoignages et d’histoires de vie. Maintenant, on se recentre davantage sur notre mission première à la RTS, celle de transmettre des connaissances avec des podcasts qui s’inscrivent dans la durée.» Celui qui fait actuellement un carton s’appelle Nuit blanche: «Ce contenu a été imaginé par deux animateurs de Couleur 3. Il raconte des histoires étranges et mystérieuses de disparitions, de meurtres non élucidés, de lieux maudits… C’est un peu dans l’esprit de la légende urbaine. Il y a un épisode par mois qui sort tous les soirs de pleine lune, et les auditeurs sont toujours au rendez-vous.»

Les médias établis ne sont pas les seuls à s’être lancés dans l’aventure. Certains professionnels du journalisme ont carrément lancé leur propre plateforme comme Kola Audio. «La première raison qui m’a motivé à créer ce site il y a un an, c’est l’amour de la radio, où j’ai fait mes premières armes, explique Nasrat Latif, journaliste, producteur et co-fondateur de Kola Audio. Ensuite, ce qui m’a frappé quand j’ai commencé à écouter mes premiers podcasts, c’est la liberté dans le contenu et la forme. J’ai néanmoins constaté qu’il y avait encore pas mal d’amateurisme, en particulier en Suisse. Il manquait quelque chose de plus qualitatif au niveau éditorial. C’est ce qui m’a poussé à lancer un média indépendant, entièrement dédié au podcast natif.» Aujourd’hui, la plateforme compte cinq ­podcasts où l’on parle économie ou problèmes de calvitie. Des contenus très diversi­fiés dont une partie est financée par des entreprises ou des institutions.

 

Parler de son entreprise autrement

Pour faire connaître leurs marques, les entreprises sont elles aussi de plus en plus tentées par le podcast. Mais attention, le but est moins de faire de l’auto-promotion que de trouver des thématiques qui puissent intéresser les auditeurs, sans trop s’éloigner du champ de compétence de l’entreprise. Anthony Lamy, co-fondateur de Wecangroup, une start-up active dans le domaine de la «blockchain»*, l’a bien compris. Il a justement lancé il y a quelques mois un podcast intitulé Le Point Zéro qui a pour objectif «de mettre en avant des personnes, des projets qui font vibrer l’écosystème business en Suisse». Mais ce n’est pas tout, en parallèle, il a aussi développé – en partenariat avec l’école Crea Genève - un studio d’enregistrement qui offre notamment aux entreprises un espace pour la réalisation de ­podcasts.

«J’ai créé une équipe de production qui est là pour accompagner ceux qui souhaitent lancer un contenu plus professionnel. C’est le premier espace de ce genre à Genève. Je pense que le podcast est un média qui a vraiment de l’avenir, notamment dans le domaine de l’entreprise. C’est un bon format de communication qui a, entre autres, l’avantage d’être moins exploité et moins saturé que la vidéo. Je pense enfin que les gens sont fatigués de passer leur temps les yeux rivés sur un téléphone. Ils ont envie d’un contenu qui leur permette de porter leur attention sur autre chose en même temps.»

* Technologie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle.

Le monde académique à l’écoute

Le podcast est un média devenu populaire dans la médiation culturelle, lance Enrico Natale, directeur d’Infoclio, le portail suisse des sciences historiques. Les universités comme d’ailleurs les musées s’y mettent.» Rien d’étonnant donc si un podcast dédié aux dernières publications d’historiens a vu le jour il y a deux ans. Son nom: Cliocast. Lancé par trois professeurs d’histoire – Jan-Friedrich Missfelder, Erich Keller et Eva Pibiri – ce podcast bilingue (allemand, français) en est à son onzième épisode.

«Ces émissions d’environ trente minutes abordent les sujets et les principales thèses de recherche, les enjeux de méthode, les conditions de création ou encore la réception des livres.» Le but de Cliocast est ainsi de donner davantage de visibilité aux sciences historiques en s’adressant à un large public. Mais pas question pour autant de vulgariser le propos, précise le directeur d’Infoclio: «On ne cherche pas à simplifier la matière, mais plutôt à créer le dialogue.»

 
Yann Rieder

Yann Rieder est fondateur des plateformes de podcasts Radio Kawa et Blueprint.

Yann Rieder, en quoi le podcast natif se démarque- t-il des autres médias?

Il permet d’aller plus loin que les médias généralistes en donnant notamment la parole à des experts ou à des passionnés d’un domaine donné. Il offre aussi le temps et l’espace nécessaires pour que leurs idées et leurs propos puissent se déployer. De plus, aujourd’hui, n’importe qui peut réaliser un podcast et le diffuser sur internet. Il s’agit donc de l’un des derniers modèles de distribution encore extrêmement décentralisé qui, à ce titre, colle au rêve du scientifique Tim Berners-Lee qui a inventé le web au Cern en 1989.

Y a-t-il en Suisse un véritable engouement pour ces contenus?

Pour l’instant, il est encore assez timide. Il faut dire que le podcast natif est arrivé en Suisse assez tard. Pour que les gens prêtent attention à ces contenus, il faut déjà qu’ils sachent qu’ils existent. Et pour cela, il faut une sorte d’acculturation qui, pour l’heure, n’est pas encore atteinte. À cela s’ajoute le fait qu’il y a en Suisse un plus grand attachement pour les médias traditionnels que chez nos voisins français par exemple. Par conséquent, nous sommes peut-être moins rapides à nous reporter sur d’autres types de ­médias qui ne bénéficient pas, par défaut, de la même confiance ou du même intérêt. C’est peut-être l’une des raisons de cette plus faible popularité du podcast chez nous. En tout cas, ce n’est pas lié à des causes technologiques puisque les Suisses ont beaucoup plus vite adopté le smartphone que leurs
voisins.

Les podcasts sont donc aujourd’hui avant tout écoutés via les smartphones?

Oui, d’abord parce que c’est mobile, pratique, à portée de main et qu’on peut donc écouter son podcast partout: en faisant la vaisselle, son footing ou en allant au travail. Ensuite, pour écouter ses podcasts, on a besoin d’une bonne application bien faite, en laquelle on a confiance. Et ces applications-là sont essentiellement disponibles sur l’appareil de connectivité roi – le smartphone – ce qui a centré les usages sur cet outil.

Comme Netflix ou Youtube, avez-vous aussi constaté un pic d’audience sur votre plateforme de podcasts durant le semi-confinement?

Non, c’est plutôt le contraire: nous avons constaté une baisse nette du nombre d’écoutes et de téléchargements en mars, avril et mai. L’analyse que j’en fais, c’est qu’avec le semi-confinement, la possibilité de consulter un écran est devenue beaucoup plus grande. L’écoute en podcast est quant à elle préférable quand on est dans le train, quand on se déplace et qu’on n’a pas la possibilité de concentrer son attention visuelle à tout moment sur un écran. Or, ces moments de la vie ont nettement diminué. 

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