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Célébration

Imaginer Noël autrement

Élue à la présidence de l’Église évangélique réformée de Suisse, Rita Famos est la première femme à diriger dans notre pays une organisation religieuse nationale. En commençant par des Fêtes pas du tout comme les autres.  

Texte Laurent Nicolet
Photos Dan Cermak
«La foi consiste à se mettre en relation avec soi-même, avec son prochain et avec Dieu».

«La foi consiste à se mettre en relation avec soi-même, avec son prochain et avec Dieu».

 

Rita Famos, que pensez-vous des restrictions sanitaires proposées par les autorités politiques pour les fêtes de Noël, à savoir ne rencontrer et ne recevoir que le moins de gens possible? N’est-ce pas contraire au message chrétien?

Les mesures sanitaires ne favorisent pas vraiment la célébration en communauté. Mais il y a deux choses à dire. D’abord qu’il est important que nous maîtrisions cette pandémie dès maintenant et que nous évitions les contagions. Que nous partageons tous cette responsabilité, et les Églises également. Que respecter les restrictions sanitaires, c’est aussi un signe d’amour et de solidarité. Et ensuite qu’il est possible d’exprimer notre attachement à nos proches autrement. Comme écrire des lettres, laisser des petits cadeaux devant la porte, échanger au téléphone ou sur Skype. Nous devons faire preuve d’une grande imagination, en partant du principe que cette année représente une exception. L’amour et les signes d’affection ne sont pas interdits, il faudra juste trouver cette fois d’autres moyens de les exprimer.

N’empêche, dans une société comme la nôtre, devenue si peu religieuse, quelle signification peut encore avoir la célébration de Noël?

Dans notre société, Noël est devenu une fête de l’amour, de la communauté, de la famille. Mais on peut aussi dire que c’est exactement l’origine chrétienne de cette fête. Dieu s’est tourné vers les humains en devenant comme nous, un enfant dans ses langes, un être humain avec toutes les joies et les peines de la vie. Alors qu’ils ne le font pas le reste de l’année, beaucoup de gens à Noël assistent encore aux offices religieux. Sans doute parce qu’ils ont le sentiment que derrière ces célébrations existe quelque chose qui nous dépasse et qu’ils cherchent à découvrir ce «plus», convaincus que Noël, au-delà de son aspect commercial, véhicule un message important qu’ils veulent entendre à nouveau chaque année.

Lors des récentes votations sur les entreprises responsables ou le commerce de guerre, les Églises se sont fortement engagées et ont été critiquées pour cela. Comment voyez-vous le rôle des responsables religieux dans le débat politique?

Par son travail, l’Église est proche des gens. Elle y constate souvent que les causes des problèmes ne sont pas seulement les individus mais aussi les structures. Faire savoir cela, c’est aussi le devoir d’une Église et l’on arrive ainsi très vite sur le terrain politique. L’Église devrait également être impliquée dans les solutions élaborées par les partis ­politiques. L’Église n’est pas un parti, mais elle prend parfois parti.

L’Église doit-elle également se positionner sur des questions qui sont devenues desenjeux de société, comme le réchauffement climatique ou les questions de genre? Quelles sont vos positions personnelles sur ces deux sujets?

L’Église n’est, après tout, rien d’autre que la communion de ses membres. Lesquels traitent et sont confrontés aux mêmes questions que la société. C’est pourquoi des thèmes comme le climat ou les questions de genre doivent ­également être discutés dans les rangs de l’Église. Personnellement, je pense qu’il est urgent que notre société trouve des moyens de réduire les émissions de CO2, qu’il s’agit d’un défi mondial. Par ailleurs, je me suis engagée en faveur de l’égalité des sexes depuis que j’ai commencé à travailler.

L’Église réformée s’est prononcée en faveur du mariage pour tous, mais c’est une opinion que ne partagent pas tous les fidèles. Comment comptez-vous concilier ces désaccords?

L’État va bientôt introduire la possibilité de mariage civil pour les couples de même sexe. Les couples s’adresseront alors à nous et diront qu’ils veulent aussi conclure leur alliance de mariage devant Dieu et recevoir sa bénédiction. Je pense qu’en tant qu’Église, nous ne leur refuserons certainement pas ce désir de bénédiction qui portera leur union. Mais nous chercherons à avoir une discussion plus approfondie, également théologique, avec les membres qui ne partagent pas cette opinion.

Être la première femme à diriger une Église au niveau national en Suisse, cela a-t-il une signification particulière pour vous, ou cela reste-t-il anecdotique?

C’est un merveilleux défi, mais cela a aussi un sens pour toutes les femmes qui ont travaillé dans l’Église réformée et qui ont permis cela. C’est une preuve que nous ne sommes pas seulement autorisées à travailler, mais aussi à assumer des fonctions de direction. Et puis cela peut être un signal pour toutes les autres femmes. L’une d’entre elles m’a écrit que ma candidature à cette présidence l’avait encouragée à assumer elle aussi un poste à responsabilités. J’espère enfin que cela donne aussi un signal aux autres communautés religieuses, en montrant que les femmes peuvent également assumer une responsabilité d’ordre spirituel.

Alors qu’une femme dirige l’Église réformée, les femmes catholiques n’ont pas ­encore le droit d’être ordonnées prêtres. Que vous inspire cette différence de situation entre les deux plus importantes confessions de Suisse?

Pour nous les femmes de l’Église réformée, cela n’est pas non plus tombé du ciel: il a fallu beaucoup se battre. Je souhaite donc courage et espoir aux femmes catholiques. Il m’est difficile d’en dire plus, sinon de montrer par notre exemple dans l’Église réformée qu’il est possible que les femmes s’émancipent même à l’intérieur d’une Église.

Existe-t-il également un «röstigraben» en matière de spiritualité?

Chaque Église cantonale a une histoire qui lui est propre. Certaines sont issues de la Réforme du XVIe siècle, d’autres sont des Églises minoritaires dans des régions de tradition catholique. Il en résulte des pratiques, des traditions et des accents théologiques et spirituels divers. Je prendrai cependant beaucoup de temps pour mieux connaître les Églises de Suisse romande. Je suis convaincue que les différences entre les régions linguistiques sont un atout et que ce sont les monocultures plutôt qui peuvent avoir quelque chose d’ennuyeux.

Vous êtes née dans l’Oberland bernois et vous travaillez à Zurich. Peut-on dire que la religion reste mieux ancrée dans l’arrière-pays que dans les milieux urbains? La religion est-elle une cause perdue en ville?

Les citadins ne sont certainement pas moins religieux que les habitants de la campagne. Des études d’ailleurs le prouvent. C’est juste que les citadins ont tendance à vivre leur spiritualité et leur religiosité différemment, de façon plus numérique, plus individualiste, plus syncrétique. Toutes les communautés religieuses doivent y répondre et essayer d’adapter leur langage et leurs canaux de communication. Mais il faut aussi relativiser: avec la mobilité croissante de la société, les différences entre les zones urbaines et rurales diminuent également.

Comme beaucoup d’autres organisations religieuses, l’Église réformée perd chaque année davantage de membres. Quelles sont les causes principales de cette désertion? Selon vous, est-il possible d’inverser la tendance, et comment?

À mon avis, il existe deux causes: d’abord des tendances sociétales de fond, ensuite une ­situation dans les Églises elles-mêmes. Les tendances sociétales sont difficiles à inverser: les gens ne sont pas moins religieux ou spirituels, mais ils ne sont plus aussi attachés aux institutions. Toutes les associations et tous les partis le remarquent et en subis­sent les conséquences. Mais peut-être que nous, les Églises, sommes restés un peu endormis et n’avons pas assez communiqué sur ce que nous sommes, sur ce que cela apporte d’appartenir à une communauté de foi, ­ouverte, diverse et innovante.

Vous avez présenté il y a quelques années une émission de télévision. Les Églises et leurs représentants devraient-ils être davantage présents sur les réseaux sociaux? Et de quelle manière?

Nous avons pu faire pendant le semi-confinement de nombreuses bonnes expériences avec la communication numérique. Il est clair que nous devrions davantage développer ce point parce que l’Église se doit d’aller vers les gens et qu’ils ne sont désormais plus seulement sur les canaux de communication traditionnels. Des projets prometteurs se mettent en place, par exemple «LeLab» (un espace où les jeunes adultes peuvent partager leur spiritualité, ndlr) à Genève, qui utilisent largement les médias sociaux.

Quelle place voyez-vous pour l’islam en Suisse? Comme présidente, envisagez-vous des contacts avec cette communauté?

En tant que présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse, je serai membre du Conseil des religions. J’y aurai à ce titre aussi des contacts avec les représentants des musulmans. J’ai d’ailleurs déjà travaillé sur un projet dans le canton de Zurich qui portait sur l’accompagnement spirituel des patients musulmans dans les hôpitaux. L’expérience a été très bonne et j’ai établi dans ce cadre de solides contacts avec des ­représentants ouverts et libéraux de l’islam.

La Bible est toujours un best-seller. Que peut nous apporter concrètement sa ­lecture aujourd’hui?

Les récits et les textes de la Bible sont vieux de 2000 à 3000 ans. Ils parlent des personnes qui ont rencontré Dieu, ils abordent les questions qui nous concernent tous. D’où est-ce que je viens? Où vais-je? Quel est le sens de la vie? Que signifie l’amour? Comment pouvons-nous vivre ensemble? Où et comment trouver Dieu? Ces questions sont pour ainsi dire éternelles. Et depuis des milliers d’années, des gens sont guidés par les diverses réponses qu’apporte la Bible à ces interrogations.

Quelle serait votre définition de la foi?

La foi signifie s’orienter sans cesse vers le ­divin, le transcendant. Et assumer des responsabilités, non seulement pour soi-même, mais aussi pour le monde dans lequel nous vivons. Permettez-moi de l’expliquer par le commandement qui est, selon Jésus, le plus important: tu aimeras ton prochain comme toi-même. Et tu aimeras Dieu. La foi consiste à se mettre en relation encore et encore: avec moi-même, avec mon prochain et avec Dieu. 

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