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Escapade

Dans le cirque grandiose de Derborence

Lac alpin, forêt vierge et foisonnante biodiversité. Toutes les beautés de la nature sont concentrées dans cette vallée hautement protégée. Sans parler du gypaète, qui pourrait bien vous y toiser.

Texte Patricia Brambilla
Photos Dominic Steinmann
ouverture Derborence

L’impressionnant ­décor de Derborence a inspiré le roman homo­nyme de ­l’écrivain vaudois Charles-Ferdinand Ramuz.

Quand, à 7 heures du ­matin, les cimes sortent des brumes façon estampe japonaise, on sait que ce sera une grande journée. L’arrivée à Derborence (VS), parking du Godet, le confirme. Le cadre est magistral: cirque rocheux avec sa parade de hautes cimes, drapé du massif des Diablerets et ses galons de neige sous un ciel ripoliné.

«On part pour le grand tour!», lance Stéphanie Rey, biologiste en gestion de faune et garde-site du lieu pendant l’été. Car l’endroit est triplement protégé, ­inscrit à l’Inventaire fédéral des paysages, mais aussi district franc fédéral et réserve naturelle. «Pendant quarante ans, il n’y a eu aucune surveillance et les gens ont pris l’habitude d’aller partout. Or, il y a de plus en plus de monde, parfois jusqu’à quatre cents personnes le week-end! Le lac alpin, la forêt primaire et les zones alluviales sont des écosystèmes que nous essayons de préserver», explique la biologiste, dont le poste de surveillance est la première étape de l’élaboration d’un nouveau plan de gestion du secteur du lac de Derborence.

On laisse l’Auberge du Godet sur la gauche et on attaque la montée par une route goudronnée direction La Tour. «La chaleur du Valais central monte par la vallée et rencontre l’humidité des Préalpes, ce qui crée un micro­climat particulier et des habitats très différents, d’où une grande biodiversité», souligne Stéphanie Rey, en tendant l’oreille. Avec un brevet d’ornithologie, elle est aussi experte en chants d’oiseaux, distinguant la mélopée du rouge-gorge de la petite musique voilée de la sittelle. Mais ce matin-là, sur le chemin qui monte en lacets entre les mayens, on n’entend que les criquets, tandis que les zygènes à pois rouges et les azurés jouent les pierres précieuses sur les scabieuses.

Millepertuis

Millepertuis, autrefois appelé chasse-diable.

Toute l'histoire des Alpes

On monte toujours vers La Combe, tandis que le géant des Diablerets transpire de partout: cours d’eau tantôt légers et sautillants quand ils provien­nent du glacier, tantôt brunâtres pour peu qu’ils sortent des profondeurs souterraines. On quitte ensuite la route goudronnée pour descendre sur la gauche une rangée d’escaliers, en suivant la direction du pas de Cheville. Une vue plongeante s’ouvre soudain sur la zone alluviale du Godet, couleuvre argentée, ­sinueuse, frémissante. «C’est un milieu qui n’existe presque plus. Or le gravier, la végétation par­ticulière qui y pousse et l’alternance mouillé et sec sont ­indispensables à certaines espèces d’insectes. La fourmi grise, par exemple, ne vit que dans les éboulis», explique Stéphanie Rey, spécialisée aussi dans l’écomorphologie des cours d’eau.

Le paysage se métamorphose lentement. On quitte les épicéas pour entrer dans un décor de caillasse, où se tordent les pins sylvestres à l’écorce orangée et les pins noirs avec leur jolie forme d’ogive. Il faut enjamber une rivière pour se retrouver dans la partie supérieure de la zone alluviale. Gigantesque éboulis, blocs descendus de la montagne et stoppés dans leur course, pour l’instant. Pierres en équilibre précaire, boudins de roches recouverts d’une végétation nouvelle, où l’on n’espère pas croiser la vipère aspic au nez retroussé. On sent la présence imposante du massif des Diablerets, juste là, torse en avant avec ses rayures de schiste et de calcaire. «On peut lire ici toute l’histoire des Alpes, l’accumulation des sédiments, le soulèvement des couches et l’érosion il y a 25 millions d’années. Et tout ça continue de vivre, de bouger de quelques centimètres par an.»

zone alluviale

Les zones alluviales n'existent presque plus. Pourtant ces écosystèmes sont indispensables à certaines espèces.

Il faut enjamber encore un torrent, avant d’entamer la descente vers le lac de Derborence, qui apparaît au loin, œil aujour­d’hui vert sombre cerné de coni­fères. Créé par deux éboulis, en 1714 et 1749, il est le plus jeune lac alpin naturel d’Europe, les autres ayant été formés à l’ère glaciaire. Le chemin suit l’épine dorsale de la digue, cette «erreur», qui sert à protéger le parking en contrebas, mais qu’il est désormais question de modifier pour redynamiser toute la zone alluviale. Le chemin s’aplanit, se fait de plus en plus bucolique, mais les petits bouleaux, les courts épilobes et les jeunes mélèzes parlent encore de la ­menace des éboulements: tout ici se tient accroupi, cramponné au sol pour mieux survivre.

Baignade bientôt interdite

Au parking du lac, on entre dans la réserve absolue de Derborence. «Les lacs alpins sont des écosystèmes sensibles, où la faune n’a le temps de faire qu’un cycle de reproduction entre deux périodes de gel. La crème solaire et la foule polluent l’eau et dérangent les espèces aquatiques. La baignade y sera interdite dès 2021.» Pour l’heure, Stéphanie Rey installe des cordes pour délimiter le sentier et s’assurer que les promeneurs ne s’aventurent ni dans la roselière, ni dans la forêt de saules, ni dans la prairie humide au sud du lac, où se tapissent le rare cerfeuil musqué et la salamandre noire.

Un jeu de ponts permet de franchir facilement la Derbonne et de s’aventurer dans le sous-bois – en restant sur le chemin. On rejoint rapidement le puits perdu, une dépression naturelle qui se remplit régulièrement d’eau, immergeant les troncs et donnant au lieu une atmosphère fantomatique à la lumière laiteuse. Sans le savoir, on longe en fait un biotope extraordinaire: la forêt de l’Écorcha accrochée à la pente, forêt vierge de plus de quatre siècles où se dressent des épicéas de 40 mètres de haut. Une forêt dense, sombre où n’intervient pas la main de l’homme. «Elle se débrouille très bien toute seule! Ici, c’est le processus même de la forêt que l’on cherche à préserver. C’est pour ça que l’on ne peut pas s’y promener et que l’on ne touche à rien.»

la Derbonne

La Derbonne

Le nettoyeur de montagne

On attaque la descente en suivant la rivière et, après la turbine, le sentier caillouteux devient vite un large chemin plat, bordé d’argousiers et chauffé à blanc par le soleil. Il vaut alors la peine de se retourner et de ­jeter un œil à l’imposante masse du Haut-de-Cry. Montagne magistrale avec ses falaises karsti­ques et ses failles verticales où s’engouffrent follement les hirondelles des rochers. C’est là aussi que se tient le gypaète, planant haut et guettant l’os dont son estomac renforcé se ­repaît. «C’est un charognard qui nettoie la montagne. Il pond à Noël et les poussins éclosent au printemps quand la neige fond et libère les carcasses. Il niche dans les aires de l’aigle, avec ­lequel il est complémentaire», explique Stéphanie Rey, qui vient justement d’apercevoir sa fameuse silhouette en T.

Stéphanie Rey

Stéphanie Rey, accompagnatrice de montagne et garde-site.

On rejoint le point de départ sous le cri rigolard du pic noir, avant de reprendre la route, tandis que l’accompagnatrice enfile un t-shirt bleu marine et change de casquette. Elle retourne au bord du lac pour informer, prévenir, patrouiller. Et, au besoin, verbaliser.

Carnet de route

Départ: parking de ­Godet à Derborence et retour au même point.

Comment s’y rendre: en train jusqu’à Sion, puis car postal (deux par jour, un seul aller-retour le ­dimanche). En voiture, autoroute jusqu’à Sion, puis suivre Conthey, Aven, Derborence. Laisser la voiture au parking (gratuit) de Godet.

Distance: 5,75 km

Dénivelé: 268 m

Durée: 3 heures avec pause pique-nique.

Pour se restaurer: Auberge du Godet et Refuge du Lac de Derborence.

Important: dans la ­réserve de Derborence, on ne peut ni camper, ni faire du feu, ni cueillir les fleurs, les baies et les champignons. Il faut rester sur les sentiers ­balisés en jaune, les chiens doivent être tenus en laisse et les drones sont interdits.

Infos sur www.derborence.ch et https://onyva-ensemble.ch/stephanie/

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