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Enquête

Sale temps pour les jeunes

Pas de réunions en larges groupes ni de voyages lointains, une grande difficulté de communication et des choix de stages et d’échanges scolaires restreints: pour les 17-25 ans, 2020 est l’année de toutes les limitations. Une situation qui inquiète beaucoup la psychologue Pascale Roux.

Texte Patricia Brambilla et Véronique Kipfer
Photos Anoush Abrar
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Fabio Pereira, 22 ans, médiateur et gamer, Gland

«À 20 ans, on est invincible, à 20 ans, rien n’est impossible», chantait Lorie ­Pester. Mais cette année, cet état d’esprit n’existe pas pour les 17-25 ans. Le Covid et ses ­implications font en effet obstacle à nombre de leurs libertés:  impossible de se réunir en grands groupes, de partir en voyage, de danser en boîte, d’effectuer certains stages et échanges linguistiques, et même de faire des rencontres, puisque le masque oblitère dorénavant sourires et confidences. «Je trouve actuellement les jeunes très déprimés et ça m’inquiète beaucoup, confirme Pascale Roux, psychologue et coach pour adolescents et adultes à Genève et Nyon. Les restrictions sont pourtant moins sévères qu’au printemps dernier, mais ils ont une représentation de ce qui pourrait arriver, car ils ont déjà tous vécu cette situation. Et maintenant, avec la mauvaise saison, cela va être plus difficile pour eux de se retrouver.»

La fin de l’insouciance

Pour la spécialiste, la situation est bien différente de celle du mois de mars. Lors du premier confinement, elle remarque en effet que les jeunes avaient «plutôt ressenti d’abord une forme de sidération, puis d’excitation. Ils se disaient: ‹l’école est finie, on va rester à la maison, c’est trop bien!› C’était un peu les vacances, explique-t-elle. Puis l’école s’est organisée et j’ai alors commencé à observer deux types de profils différents: ceux qui n’ont plus rien fait puisqu’il n’y avait plus de notes et ceux qui ont été inquiets, car ils ne savait pas comment allait se terminer leur année.» Ensuite, lorsque les écoles ont rouvert, elle a ­remarqué un «sentiment général de libération», qui s’est accentué durant l’été. 

Mais le durcissement actuel des mesures de sécurité, couplé à l’incertitude liée à un possible reconfinement, sonne maintenant définitivement le glas de l’insouciance: «Toujours davantage de personnes sont malades autour d’eux et ils s’inquiètent d’être des vecteurs. Par ailleurs, ils craignent beaucoup la quarantaine. Ils ont peur d’être coupés du monde durant dix jours, car pendant ce temps, la vie va continuer sans eux. Et ça, ils veulent l’éviter à tout prix. Je rappelle que la perception du temps est très différente chez les ados et les adultes: pour nous, dix jours sont une broutille et passent extrêmement vite. Pour eux, c’est une période ­interminable. Et plus ils sont jeunes, plus ça paraît long!»

Communication biaisée

Pascale Roux souligne également l’impact catastrophique du port du masque et de la distanciation physique: «Je trouve absolument terrible le mode de communication qu’on est en train d’installer. J’enseigne justement comment créer des relations de qualité avec les autres et j’explique  l’importance des expressions du visage, du non-verbal, de la posture et du fait d’aller vers l’autre. Mais avec le Covid, on est en train de faire exactement ­l’inverse. On encourage la non-communication, il y a un vrai problème de transmission d’émotions. Et toutes ces ­attitudes de recul, ces regards suspicieux dans les lieux publics ­programment la méfiance dans le cerveau: l’autre devient un danger. Il y a quelque chose au niveau communicationnel et de la relation qui est en train de se biaiser. Et comme les ados ont déjà plutôt tendance à communiquer à distance, je trouve cette situation très préoccupante pour eux. Et je crains que cela ne s’aggrave encore ces prochains mois.»

L’importance de garder le cap

Pour aider les jeunes à se ­protéger du marasme ambiant et à avancer malgré tout, la psychologue recommande aux parents de leur apporter tout le soutien nécessaire: «De très nombreux jeunes âgés de 17 à 25 ans environ sont à un moment charnière de leur vie, durant lequel ils doivent faire des choix, remarque-t-elle. D’habitude, c’est une période d’ouverture, alors que là, leur monde se resserre et ils s’inquiètent beaucoup pour leur avenir. Il est donc essentiel de faire en sorte que la situation n’influence pas trop leurs décisions malgré tout. Il faut les inciter à faire des choix réalistes et non pas par défaut et induits par la peur.» Elle conseille par ailleurs de les «encourager à tenir le coup et à rester motivés dans leurs études. Il y a beaucoup d’incertitudes pour tout le monde, mais pour eux, c’est ­encore pire. Je les invite donc à revenir dans l’ici et maintenant. L’idée, c’est de se dire: qu’est-ce qu’on a entre les mains, qu’est-ce qui est possible maintenant? Il faut qu’ils maintiennent le cap et ne perdent pas de vue l’objectif de leur année de formation, quel qu’il soit. Je les encourage aussi beaucoup à sortir, voir les copains en petit comité, bouger et, surtout, soigner leur hygiène de vie et garder un rythme normal. C’est cette structure qui va leur permettre de se sentir en sécu­rité et de garder de l’énergie. ­Sinon, le moral baisse et c’est la déprime assurée!» 

Et de conclure, rassurante: «Il ne faut pas oublier qu’il y a un moment où tout ça va s’arrêter. Et ce jour-là, ils pourront à ­nouveau agir comme ils le souhaitent…»

«On s’est habitué à une certaine frustration»

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Aurea Meier et Raphael Schulhof, 17 ans, en dernière année de gymnase
à Lausanne.

Aurea: «Quand il y a eu le semi-confinement, on a d’abord trouvé ça génial, on se disait qu’on allait pouvoir faire la fête. Mais quand on a réalisé qu’on ne pouvait pas se voir et qu’on était sans arrêt avec la famille, avec  l’impression de revivre chaque jour la même chose, on s’est dit que ce n’était vraiment pas marrant. En fait, on a vécu sans aucun sens durant ­plusieurs mois. Et j’ai été contente de ­resociabiliser quand le gymnase a rouvert.»

Raphael: «Ça nous a aussi fait réaliser que d’écouter en classe un expert qui essaie de nous apprendre des choses, c’est nettement mieux que d’allumer son ordinateur à 11 h 30 pour suivre un cours à distance…»

Aurea: «Pendant l’été, on est partis en Allemagne, au Danemark et en France. C’étaient les vacances normales, même si on devait porter un masque en ville. Mais les vacances dans des pays lointains nous ont manqué, tout comme les grandes ­réunions de famille.»

Raphael: «C’est vrai qu’on n’a pas parlé du virus cet été. Et même il y a encore un mois, je pensais qu’il n’allait pas autant revenir… Notre vision des choses a changé: avant, on pensait que le Covid ne concernait que les personnes âgées particulièrement fragiles. Maintenant, on compte même de nombreux cas au gymnase.»

Aurea: «La reprise avec les masques n’a pas été agréable non plus: on ne
se comprend pas toujours entre nous ni avec les profs, les interactions 
sont difficiles. Et pour nous deux, ça fait ­bizarre d’être ensemble avec les masques à l’école, mais pas à la maison.»

Raphael: «En début d’année, j’oubliais encore parfois mon masque, tandis que maintenant, quand je pars, je le prends automatiquement. Je le cherche parfois même sur moi à la maison! Ça va paraître presque bizarre, je pense, quand on ne le portera plus et qu’on reviendra à la normale. Mais ça reste pénible de le porter, par exemple quand on monte deux ou trois étages et qu’on est essoufflé. Ça fatigue plus, on sent qu’on a moins de forces et qu’on ne récupère pas de la même manière.»

Aurea: «C’est vrai qu’on a pris de ­nouveaux réflexes: on mange maintenant en petits groupes à midi. On s’est habitué à une certaine frustration. Mais pour moi, ça reste terrible de ne pas voir le sourire d’une personne dans la rue en réponse au mien. Je trouve qu’avec le masque, il y a un lien avec les gens qu’on n’a plus et qui nous manque.»

Raphael: «Le virus complique ­beaucoup de choses, aussi en ce qui concerne l’école. En ayant suivi les cours par internet durant le semi-
confinement, sans pouvoir être suivi personnellement, on a des lacunes dans presque toutes les branches. Et on a peur qu’à l’Uni, les profs partent du principe que certains sujets sont acquis alors que ce n’est pas le cas.»

Aurea: «Les profs nous répètent tous les jours qu’ils ne vont pas adapter 
les examens pour autant. On a perdu du temps, ce n’est ni la faute des ­professeurs, ni la nôtre, mais c’est un stress quotidien de penser qu’on n’aura pas forcément toutes les connaissances nécessaires. Pour ma part, je réfléchissais à l’idée d’une ­année sabbatique. Mais ce n’est pas  envisageable dans les circonstances actuelles. Je ne trouve pas cool de commencer des études pour commencer des études, mais je pense qu’on n’aura pas beaucoup d’options. Je ne sais pas trop ce qui nous attend.»

Raphael: «En plus, on a déjà reçu des directives pour un possible retour au confinement: il paraît que, si celui-ci durait plus de trois semaines, on aurait des tests à distance. Je n’ose pas imaginer ce que ça peut donner, cela peut stresser des élèves.»

Aurea: «En même temps, j’ai l’impression que la situation a provoqué un  esprit solidaire auprès de tous les gens qui ont une maladie ou un système  immunitaire déficient. Plutôt que de faire naître l’amertume, cela a 
créé une sorte de cohésion.» 

Raphael: «Oui, il y a l’idée qu’on ­combat tous ensemble le virus, parce qu’on voit que tout le monde en souffre. On est tous dans le même bateau.»

Aurea: «En plus, on se dit qu’on vit quelque chose d’historique! Ce sera des choses à raconter plus tard…»

«J’entre dans la vie d’adulte et le contexte n’est pas facile»

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Marion Lamy, éducatrice sociale, 22 ans, Fribourg: «J’ai terminé ma formation d’éducatrice en travail social à la HES de Fribourg en juillet. J’ai eu de la chance, car j’ai pu faire mon stage du dernier semestre, contrairement à certaines camarades qui étaient dans des institutions qui ont fermé à cause du Covid. Les supervisions et analyses de situation ont toutefois dû se faire par internet. 

Je vis avec mon copain, qui ­travaille mais n’a pas de CDI. Je comptais donc pas mal sur moi pour assurer un salaire en trouvant rapidement un travail, mais c’est plus compliqué que prévu: je n’ai reçu une attestation de diplôme qu’en septembre, ce qui fait que durant l’été, je n’avais rien pour prouver que j’avais terminé ma formation. Par ailleurs, j’ai voulu m’inscrire au chômage, mais j’avais seulement onze mois de cotisations. Je vois donc fondre mon compte en banque et je dois beaucoup compter sur mon copain. C’est un coup dans les dents, pour moi qui suis assez ­féministe. Mais les éducateurs sont nécessaires en temps de crise: j’ai donc une chance de pouvoir trouver quelque chose assez vite et c’est ­rassurant. Après, je ne sais pas ­comment cela sera au niveau de la charge de travail…

Je réalise que maintenant, j’entre vraiment dans la vie d’adulte et le contexte n’est pas facile. À la base, cette période peut déjà être oppressante, mais là, aux questionnements de base s’ajoute l’inquiétude de ­savoir comment on va construire notre avenir. 

J’ai la chance de ne pas avoir de proches malades, et comme je suis assez casanière, je ne souffre pas vraiment d’un manque de sorties. Au contraire, je me renseigne sur plein de choses: les causes environnementales, mais aussi sociales, comme les luttes antiracistes, ­féministes, pour les personnes LGBT, etc. Le plus spécial en tant qu’éducatrice, je crois, c’est de ­travailler avec un masque: c’est compliqué de ne pas voir les expressions de l’autre et c’est déstabilisant de réaliser qu’on doit tout verbaliser pour se faire comprendre. Est-ce qu’on va devoir travailler toute notre vie à distance, dans un métier où on a besoin d’être proche des gens? Ça amène à se poser des ­questions. Mais il faut quand même rester optimiste!»

«Grâce au gaming, j’accepte assez bien la situation»

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Fabio Pereira,  22 ans, médiateur et gamer, Gland: «Pour le moment, ça va, je ne me laisse pas atteindre. J’accepte assez bien la situation. Grâce au gaming peut-être, qui m’apporte aussi un côté social. Je joue à tout, trois à quatre heures par jour sur League of Legends où j’essaie de me professionnaliser. Et une à deux heures pour la détente sur Ghost of Tsushima, un jeu où l’on incarne un samouraï du Japon féodal en lutte contre l’invasion mongole. En mars, vu que je ne pouvais rien faire d’autre, j’ai augmenté le nombre d’heures devant l’écran. J’ai pris le semi-confinement au pied de la lettre: je ne suis pas sorti du tout, à part pour les courses, pendant plusieurs semaines. Ça ne m’a pas trop dérangé. J’ai pu beaucoup m’entraîner…

Je suis très casanier. Covid ou non, je ne vais pas en boîte. Du coup, je n’ai pas trop le sentiment que l’on me vole ma jeunesse. Avec les copains, on se voit en cercle fermé et on évite les endroits publics trop fréquentés. Et puis, en tant que président du parlement des jeunes à Gland, j’adore m’impliquer dans des projets. Bien sûr, certains risquent de tomber à l’eau: on a organisé un tournoi de foot en salle à mi-décembre… On verra si les mesures perdurent jusque-là, sinon, tant pis, on le ressortira plus tard!

Des regrets de ne pas pouvoir voyager? Non, j’en ai beaucoup profité quand j’étais plus jeune. Maintenant il faut que je bosse. Et je suis très confiant envers nos autorités, qui prennent des mesures justes et réfléchies. On fait tous un effort pour le Covid, mais ce n’est pas un sacrifice. Et je fais attention pour mes parents avec qui je vis.»

«Je me suis dit que j’allais servir à quelque chose»

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Amélie Canteau, 19 ans, apprentie aide en soins et accompagnement, Genève: «Je trouve que c’est difficile en ce moment. Être apprentie en soins, ce n’est déjà pas facile en temps normal, mais avec tout ce qui se passe, c’est encore plus dur mentalement. À la base, je suis en chirurgie orthopédique, mais là on m’a transférée en unité Covid. Au début, j’ai eu peur, ­pas pour moi mais pour les autres, surtout mes parents. Et puis je me suis dit que j’allais servir à quelque chose.

En fait, les horaires sont les mêmes, mais on passe beaucoup de temps à se protéger, à enfiler des surblouses et on a moins de temps pour les patients. Ils doivent parfois attendre longtemps, ils sont déjà isolés et ils se sentent délaissés. Ce n’est pas évident.

Pour me défouler, je fais du skateboard à Plainpalais deux à trois fois par semaine. Mais je me contiens sur les figures parce que j’ai peur de me blesser. Encore une restriction… J’ai l’impression qu’on rate un peu notre jeunesse, comme si on passait au-dessus. Les grandes sorties du soir, ça me manque. Aller en boîte me permettait de décompresser du travail à l’hôpital. Mais tout est fermé. Ça génère une anxiété générale, on a moins de contact, il n’y a plus d’animation en ville. J’essaie de voir tout le temps les mêmes personnes, on va chez l’une ou l’autre. Ma meilleure amie a ­déménagé à Paris et je devais aller la voir en octobre, mais ça n’a pas été possible.

Il m’arrive de faire des crises d’angoisse, mais je vais continuer ma formation d’aide en soins et santé communautaire. C’est assez désespérant, mais je ne peux pas laisser tomber. Sinon il n’y aura plus personne pour aider. Je me dis que ma génération, quelque part, on a de la chance, on sera ­forgé. Ce qu’on traverse là, ce sera une force pour plus tard.»

 

«On se rattrapera après!»

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Dylan Slade, 20 ans, apprenti dessinateur en bâtiment et DJ, Lausanne: «C’est vrai que tout est devenu un peu compliqué. À 20 ans, on est censé passer les meilleurs moments de sa vie… J’ai commencé l’école de DJ il y a trois mois à Lausanne, mais on ne peut plus faire de live avec des gens, même des fêtes privées, c’est fini. Je voulais aller en ­Espagne cet été et à Amsterdam cet ­automne pour participer à un festival de DJ, mais tout est tombé à l’eau. Tous les programmes du MAD et du D! Club ont été annulés.

Du coup, j’ai suivi quelques shows en live sur les réseaux sociaux, Facebook, Instagram ou Youtube. Il y a juste quelques problèmes de décalage horaire suivant les pays. Cette situation me laisse plus de temps à la maison pour produire et faire des remix. J’ai un ­projet de live d’une heure, qui sera filmé dans la nature, avec des platines pas trop délicates et un resto dans le coin pour tirer l’électricité. J’espère pouvoir le faire entre Noël et Nouvel-An…

Ce n’est clairement pas facile. Avec les copains, on se voit dehors, on limite le nombre. Pour mon avenir professionnel, c’est la dernière ligne droite. Après j’aimerais partir à l’étranger pour apprendre l’anglais, mais on ne peut rien prévoir. Je préférerais que tout redevienne normal, mais je reste positif, je garde espoir. On trouvera des solutions pour que le monde de la nuit redevienne ce qu’il était. Et on se rattrapera après! À Wuhan, ils ont tout rouvert et ils ­organisent des énormes fêtes…»

«Ce qui m’inquiète de plus en plus, c’est mon avenir professionnel»

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Eloise Singer, 22 ans, étudiante en bio-géosciences à Lausanne et Neuchâtel: «En mars, j’ai pris mon mal en patience, je pensais que le semi-confinement était nécessaire. Mais ensuite tout s’est enchaîné. J’ai dû renoncer à des vacances d’été à l’étranger avec mes parents. Et reporter à des temps meilleurs l’année sabbatique que j’avais prévue à Prague pour apprendre le tchèque… Du coup, je me suis inscrite en master en bio-géosciences mais, depuis ­début novembre, tous les cours se passent en ligne. Ce qui signifie huit heures par jour devant l’écran, sans compter les travaux personnels à l’ordinateur. J’en ai des maux de tête, et comme je suis un peu myope, ma vue risque de régresser.

Je suis triste aussi de ne plus voir mes camarades. De même qu’il va nous manquer tout l’aspect laboratoire: c’est le professeur qui va se filmer en train de faire les expériences. On aurait dû y participer, faire des analyses de sol avec test pH, tamisage, utilisation de spectromètres, etc. Toutes ces manipulations pratiques, on ne pourra pas les faire.

C’est triste, on n’a plus vraiment de contact humain. On est voué aux machines. Avec mes amis, on s’est vus quelques fois en terrasse pendant l’été. Mais les soirées à dix avec sortie en boîte, c’est fini. Comme je suis très sportive, je continue à faire des activités en plein air avec deux ou trois personnes. Marche en montagne, natation, course à pied… Et j’aime bien ­cuisiner, je me fais alors des petits trucs bons à ­manger.

Ce qui m’inquiète de plus en plus, c’est mon avenir professionnel. Est-ce que nos études en ligne seront reconnues au même titre que les autres? Dans quelles conditions devra-t-on travailler? Je ne me vois pas ­enfermée dans un bureau, avec un masque, à deux mètres de mes collègues. Parfois je me demande si je ne devrais pas me ­tourner vers un métier plus manuel, électricienne ou ­mécano…

Heureusement personne n’a été malade autour de moi. Mais j’évite d’aller à de grands rassemblements. Je respecte les gestes barrières, pour les autres qui sont à risques, et mes parents qui ont la soixantaine. Une jeunesse sacrifiée? Non, j’ai déjà un peu vécu, je peux prendre sur moi. Je m’arrange et je vois un ou deux amis en ­privé en prenant toujours soin d’aérer les pièces. Mais si ça devait durer cinq ans, je répondrais oui à la question.»

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