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Reportage

La renaissance du château de Grandson

Les propriétaires et exploitants de la forteresse du bout du lac de Neuchâtel ont décidé de lui donner un second souffle. Au programme, une muséologie interactive, une transformation totale des espaces jusqu’en 2025, ainsi que l’ouverture de plus de la moitié de l’édifice au public.

Texte Véronique Kipfer
Photos Matthieu Spohn
Chateau de Grandson

Après une rénovation intégrale de l'extérieur du château, ce sont les intérieurs qui vont être transformés.

«C’est un vieux château du Moyen Âge, avec un fantôme à chaque étage…», dit une chanson des années 1930. Si cette description peut se rapporter à différents monuments, elle n’est en tout cas pas représentative du château de Grandson. Et le sera encore moins d’ici à 2025. Car mues par l’envie de dépoussiérer l’image que s’en fait parfois le public, la Fondation SKKG (Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte), propriétaire, et la Fondation du Château de Grandson, exploitante du monument, ont décidé de transformer ce dernier en lui apportant vie et dynamisme. Non pas par le biais de fantômes, mais grâce à une muséologie interactive, destinée à séduire petits et grands.

Un pont entre les régions linguistiques

«Une grande rénovation patrimoniale a été entamée il y a dix ans et l’extérieur du monument est entièrement refait. À présent, on réfléchit à transformer l’intérieur. On va ­arrêter de rénover morceau par morceau, on refait tout pour un véritable renouveau muséal!», s’enthousiasme Camille Verdier, le conservateur du lieu. Si l’exemple du château de Chillon (VD) est toujours un point de comparaison pour ce dernier, il désire avant tout pouvoir entrer un jour en concurrence avec ceux de Gruyères (FR) et Prangins (VD): «Du fait que l’histoire du château relie la Suisse romande à la Suisse alémanique, on veut en faire un phare touristique, de manière à ce qu’au final chaque écolier suisse soit venu au moins une fois à Grandson (VD).»

Camille Verdier

Le conservateur Camille Verdier.

La première idée, c’est de «créer l’histoire», en prenant pour repère le 2 mars 1476, lorsque, lors de la Bataille de Grandson, Charles le Téméraire dut s’incliner devant les Confédérés. «On va apprendre le relativisme historique aux plus jeunes et jouer aussi sur les personnages historiques et les objets.» C’est que les différents intervenants bénéficient d’un incroyable trésor: Bruno Stefanini, fondateur de la SKKG et ancien propriétaire de quatre châteaux, dont celui de Grandson, était en effet passionné par les personnages historiques et a amassé une quantité impressionnante d’objets leur appartenant. «Il avait une véritable obsession pour les pires comme les meilleurs, s’amuse Camille Verdier. Sa collection d’environ cent mille objets comporte ainsi des robes et chaussures de Sissi, un caleçon et le lit nuptial de Napoléon, des lettres de Simone de Beauvoir, des affaires ayant ­appartenu à Churchill et Staline, etc.» Le ­château pourra ainsi également accueillir de nombreuses expositions temporaires, sur des thématiques aussi diversifiées qu’originales.

Bientôt un centre de l’arbalète

L’autre idée phare, c’est d’orienter l’attention des visiteurs sur la splendide collection d’arbalètes, elle aussi réunie par Bruno Stefanini et considérée comme l’une des plus importantes d’Europe. «C’est un objet typiquement représentatif de la Suisse, souligne ainsi le conservateur. Nous allons donc créer un centre de l’arbalète, en proposant également une bibliothèque spécialisée.» 

 

Arbaletes et hallebardes

La collection d'arbalètes et de hallebardes est conservée dans la seule pièce climatisée du château.

Pour l’instant, les précieuses pièces, ornées d’incrustations de nacre ou d’argent, sont entreposées dans la seule pièce climatisée du château. «Le stockage représente l’un de nos principaux casse-tête: l’air est très humide dans le bâtiment, il y a des insectes et d’autres nuisibles et la température n’est jamais constante. C’est pour cela qu’on a dû rapatrier notre collection de voitures anciennes à Winterthour, où est établie la SKKG, car le cuir commençait à pourrir. Et nous prenons soin au mieux de notre collection de mobilier, stockée dans une pièce avant qu’on puisse à nouveau en décorer les différents appartements.»

Meubles du chateau

Stocké dans une pièce, le mobilier sera à nouveau réparti dans les appartements à la fin des 
travaux.

En sus de cette muséologie, les fondations désirent permettre l’accès à davantage d’espaces, aussi bien intérieurs qu’extérieurs. Ces derniers sont actuellement en travaux, mais Camille Verdier nous a dévoilé divers coins cachés, qui seront peu à peu ouverts aux visiteurs, au fil des rénovations. «Plus de la moitié du château sera ainsi à disposition. Mais les transformations prennent du temps, car tout travail patrimonial est aussi un travail de remise à jour historique. Et chaque changement et découverte induit des recherches historiques et archéologiques…»

 

Ainsi, l’un des éléments les plus anciens du château, un magnifique «oculus» du XIVe siècle, muré jusqu’à présent et caché dans une pièce faisant office de lieu de stockage, est en train d’être remis en valeur et sera ensuite accessible au public. «Nous avons aussi suspendu actuellement les travaux dans certaines pièces, pour sonder les murs et remettre en lumière des peintures du XIXe, qui avaient été enduites d’une couche de dispersion par l’un des anciens propriétaires.» Au deuxième étage, des armoiries des barons bernois ­datant du XVIIe ont ainsi déjà été nettoyées il y a trois ans et peuvent dorénavant être  admirées dans le couloir.

Le chemin de ronde et sa tour de garde, eux, ont été rendus totalement accessibles: «C’est l’un des seuls châteaux dont le chemin de ronde non seulement fait tout le tour, mais peut aussi être arpenté sur toute sa longueur! Et vous avez déjà vu une tour de garde bénéficiant d’une telle vue sur le lac?», se rengorge Camille Verdier.

Les blasons des baillis bernois

Les armoiries des ­barons bernois ont été nettoyées il y a trois ans.

Relier le château au bourg

À l’extérieur aussi, la cour intérieure du monument et sa grande fontaine datant de 1772 sont désormais ouvertes aux visiteurs. Les différents intervenants réfléchissent à la ­manière de mettre en valeur les jardins, ainsi que le parc de plus d’un hectare situé en contrebas du château. Et envisagent également de laisser libre l’accès à la terrasse, «de manière à reconnecter le château au bourg et que le public puisse se réapproprier l’espace». Enfin, ils désirent rendre accessibles plus de 80% des espaces d’exposition aux personnes en situation de handicap, entre autres grâce à un ascenseur. «Il y a tant à faire que ça donne un peu le vertige!», soupire le conservateur. «Car en attendant 2025, il faut également ­assurer la transition: on doit ainsi faire les travaux tout en proposant des animations dans l’intervalle. C’est un exercice délicat et exigeant.» Ou, pourrait-on dire, une stratégie digne des Confédérés de l’époque...

Rendez-vous avec l’Histoire

Lancées en 1985 sur une initiative du Conseil de l’Europe, les Journées européennes du patrimoine ont pris encore davantage d’ampleur dès 1999, lorsque l’Union européenne a créé une action commune à tous les pays. Depuis, chaque année au début du mois de septembre, les cinquante pays ­signataires de la Convention culturelle européenne ouvrent gratuitement les portes de nombreux sites et monuments au public. Le but: encourager tout un chacun à découvrir son patrimoine culturel, à participer à la sauvegarde et à la mise en ­valeur de ce dernier et favoriser la réflexion autour de différentes thématiques qui y sont liées.

 

Pour sa part, la Suisse a lancé ses Journées du patrimoine en 1994, autour du thème «Hôtels de ville, bâtiments publics et autres monuments historiques en Suisse». Cette année, les Journées du patrimoine auront lieu les 12 et 13 septembre prochains. Elles traiteront de la thématique de la verticalité et de la manière de conserver villes, villages et bâtiments de valeur, tout en créant de nouvelles habitations.

Informations et programme sur: www.venezvisiter.ch

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