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Carlo Acutis, le geek du Christ

Ce jeune Italien, décédé en 2006 d’une leucémie foudroyante, vient d’être béatifié. Il pourrait devenir le premier saint millennial et le saint patron d’internet.

Texte Laurent Nicolet
Photos Barry Falls/Heart Agency
Un jeune homme (presque) comme en autre

Un jeune homme (presque) comme un autre.

Un adolescent, en apparence, comme un autre. Né en 1991 à Londres de parents italiens qui y travaillaient et rentré avec eux quelques mois après en Italie, à Milan, Carlo Acutis aimait le football et les Pokémon – une figurine de Pikachu trônait dans sa chambre. Comme tant d’autres, il se passionne bien vite pour internet, créant des sites, rédigeant des blogs, tournant et postant des vidéos. Sauf que décédé en octobre 2006 d’une leucémie foudroyante à l’âge de 15 ans, il vient d’être béatifié le 10 octobre dernier, à Assise, ville où il avait été enterré selon ses vœux.

Surnommé le «geek du Christ» ou encore le «cyberapôtre», il faut dire que Carlo Acutis avait aussi ­manifesté une piété hors du commun, allant à la messe et communiant tous les jours, profitant de chaque voyage avec ses parents pour visiter des sanctuaires religieux. Avec une dévotion particulière pour l’eucharistie –«une autoroute qui mène au ciel», ­disait-il – et la Vierge ­Marie, qu’il ­appelait l’unique femme de sa vie.

C’est au service de cette cause qu’il met bientôt les outils numéri­ques dont il a la maîtrise. En créant par exemple un site internet poursa paroisse, en montant aussi une ­exposition virtuelle consacrée aux miracles eucharistiques – il en répertorie 136 –, un travail qui lui demandera deux ans de recherches et de voyages effectués avec ses parents. L’exposition passera bientôt du virtuel au réel et sera présentée dans plus de dix mille paroisses du monde entier ainsi que dans des sanctuaires célèbres comme Lourdes, Fátima ou Guadalupe. Carlo trouve encore le temps de s’occuper des ­enfants pauvres et de visiter les personnes âgées, tout en fréquentant un lycée tenu par des jésuites. «Le bonheur, ­disait-il aussi, c’est d’avoir le ­regard tourné vers Dieu. La tristesse, c’est d’être tourné vers soi-même.» 

 

Une sainteté ordinaire

En 2013, l’archidiocèse de Milan intro­duit la cause en béatification et en canonisation de Carlo Acutis. L’enquête est transmise à Rome en 2016 pour être étudiée par la Congrégation pour la causes des saints.

Le 5 juillet 2018, le pape François reconnaît «les vertus héroïques» de Carlo Acutis et lui confère le titre de «vénérable». Il ne manque plus qu’un miracle attesté pour accéder à la ­béatification, dernière étape avant la canonisation. Ce sera chose faite lorsque le pape François, toujours lui, reconnaîtra comme authentique la guérison miraculeuse survenue chez un enfant brésilien atteint d’une maladie héréditaire au pancréas et dont les proches avaient prié Carlo Acutis.

Le pape François semble porter une attention particulière au nouveau bienheureux, qu’il présente comme un modèle pour la jeunesse: «Ce qui m’étonne, c’est la sainteté ordinaire. Il a été capable d’utiliser les nouvelles techniques pour transmettre l’Évangile, pour communiquer valeurs et beauté et donc contrer les dangers des ­réseaux sociaux.»

Il ne manque plus maintenant après cette béatification que la reconnaissance d’un deuxième miracle pour accéder à la sainteté. Le plus dur paraît pourtant être fait pour celui qui est d’ores et déjà entré en concurrence avec Isidore de Séville, un encyclopédiste du VIIe siècle, pour le titre de saint patron d’internet.

Comme Carlo Acutis aimait à le dire: «Tout le monde naît original, mais beaucoup meurent comme des photocopies.»

«Cela montre qu’une vie chrétienne est possible aussi aujourd’hui»

Mgr Charles Morerod voit d’un bon œil la béatification ou la canonisation d’un personnage contemporain. Car l’identification avec quelqu’un de l’Antiquité ou du Moyen Âge est plus difficile.

Mgr Morerod, le fait que Carlo Acutis ait été un adolescent d’aujour­d’hui, très présent sur internet, cela en fait-il pour l’Église un bienheureux particulier?

Canoniser ou béatifier quelqu’un, c’est présenter sa vie comme un modèle qui peut être suivi. Cela donnera des idées pratiques à ceux qui se demandent ce que c’est que d’être chrétien. Il n’est donc pas inutile d’avoir quelqu’un issu de la vie actuelle, cela montre qu’une vie chrétienne est possible aussi au­jour­­d’hui. Il est plus difficile de s’identifier à la vie d’une sainte romaine du IIe siècle ou d’une princesse hongroise du Moyen Âge, à des vies qui ne ressemblent en rien à la nôtre.

 

Avec les saints, l’Église n’a-t-elle pas inventé la «peopolisation» avant tout le monde?

Pas avant tout le monde. Pensez aux souverains dont on mettait l’effigie sur les pièces de monnaie. On peut corréler cela plus simplement avec le fait que l’être humain ait envie de s’inspirer pas seulement d’idées, mais aussi de personnalités humaines. De se dire: «Ah! mais voilà une vie qui me semble valoir la peine, j’aimerais bien vivre quelque chose comme ça.» Je me souviens de ce qu’avait dit le cardinal Ratzinger, qui n’était pas encore pape, dans l’université où j’enseignais, à Rome: que la révélation consistait en deux choses – des actes et des paroles – et que c’était pour cela que Jean Paul II à la fois parcourait le monde, portant la parole, et canonisait à tour de bras, pour montrer des exemples.

 

La procédure avec Carlo Acutis semble aller très vite alors que par exemple pour Marguerite Bays, il a fallu près d’un siècle. Comment expliquer cela?

Mon confrère dominicain saint Albert le Grand a vécu au XIIIe siècle et a été canonisé au XXe. Cela peut dépendre du pape. Jean Paul II, par exemple, ­admirait beaucoup le peintre Fra Angelico, et il l’a béatifié selon une procédure assez inhabituelle. Comme un miracle est nécessaire, il a décrété que les œuvres de Fra Angelico en étaient un, de miracle. Peut-être que là aussi, il y a eu un coup de cœur de la part du pape François. Je remarque que Carlo Acutis a été béatifié à Assise, la terre de saint François.

 

Puisqu’on parle de miracle, y a-t-il des critères précis pour qu’un mira­cle soit reconnu par l’Église?

Pour le genre de miracle comme celui qui a été attribué à Carlo Acutis, le critère est une guérison inexplicable, inhabituelle, inattendue, constatée par des médecins. Évidemment, ces mira­cles laissent toujours la porte ouverte à la liberté. On peut se dire qu’il n’y a pas d’explication, mais qu’on en trouvera sûrement une. Dans les Évangiles, quand Jésus guérit des gens, cela ne change pas forcément l’avis des personnes présentes. Les pharisiens disent même que c’est par le démon qu’il les a guéris. Dostoïevski imagine que si Jésus était descendu de la croix, ceux qui avaient crié «il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même» auraient sûrement trouvé une explication, par exemple qu’on l’avait mal fixé.

 

Carlo Acutis pourrait être en concurrence avec Isidore de Séville pour ­devenir le saint patron d’internet…

La ferveur populaire est un élément que l’on prend en compte, mais c’est le pape qui va prendre la décision. S’il entend dire que Carlo Acutis est le premier du genre à avoir utilisé ­activement internet, peut-être en fera-t-il le patron. Fondamen­tale­ment, cela aurait plus de sens qu’Isidore de Séville, qui a vécu bien avant internet et était un spécialiste des étymo­logies désormais perçues comme ­amusantes. Le pape bien sûr peut en décider autrement, et ça ne me traumatisera pas.

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