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Sondage

Les Suisses face au virus

Les Suisses soutiennent massivement le port du masque dans les lieux clos, mais se montrent réticents à l’idée de se faire vacciner. C’est ce qui ressort, entre autres, de notre grande enquête en ligne sur le Covid-19, commentée par un thérapeute et une politologue.

Texte Laurent Nicolet
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Réalisé en ligne du 15 au 18 septembre pour la presse Migros, auprès de 1000 personnes âgées de 14 à 74 ans, dans les trois régions linguistiques de la Suisse, ce sondage soumettait 12 affirmations à propos du coronavirus que les sondés devaient noter, sur une échelle de 5 (tout à fait d’accord) à 1 (pas d’accord du tout). Il en ressort, en gros, que les Suisses appuient assez massivement le port du masque obligatoire dans les lieux clos, font plus ou moins confiance aux autorités dans la gestion de la crise sanitaire, ne croient pas que ladite crise soit proche de se terminer, tout en se montrant relativement réticents à l’idée de se faire vacciner, mais sans craindre une menace sur les droits démocratiques que feraient peser les restrictions sanitaires.

Mais ce qui pourrait frapper d’abord dans les résultats de ce sondage, c’est le peu de différence dans les réponses entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. «Chacun pourtant, remarque le thérapeute psychocorporel Vincent Aveni, aura pu constater en voyageant dans le pays que la crise du coronavirus a été vécue de façon plus décontractée du côté alémanique, à l’exception peut-être de la région zurichoise. Une réalité que ce sondage ne fait pas vraiment ressortir.»

Une coordination politique appréciée

Autre relative surprise: si le soutien aux autorités dans la gestion de la crise est bien réel, il est loin d’être écrasant. «On aurait pu en effet attendre, note Vincent Aveni, après la façon dont a été vécu le semi-confinement et le déconfinement en Suisse, que cette confiance soit un peu plus élevée. D’un autre côté, même les jeunes ne font pas pencher la balance vers l’absence de confiance, alors que l’on sait en psychologie que les autorités représentent symboliquement les parents.»

Pour Emanuela Ceva, professeur de théorie politique à l’Université de Genève, la forte approbation du port obligatoire du masque ainsi que le souhait d’une politique de crise plus unifiée, moins cantonale, démontrent que «lorsque les autorités parlent d’une seule voix et qu’elles sont facilement identifiables, les gens les entendent mieux et auront davantage tendance à se conformer aux décisions. Moins en raison du contenu de ces décisions que parce que des explications données directement et de façon univoque les justifient.» La contradiction avec le fédéralisme ne serait qu’apparente: «Le fédéralisme n’est pas un système qui donne une autonomie complète, mais plutôt qui reconnaît l’importance d’une coordination entre les différents cantons ou les différentes parties de la Confédération. Coordination d’autant plus appréciée quand il s’agit, comme cette crise, d’un problème qui touche tout le monde.»

Reste qu’à l’heure où les anti-masques font de plus en plus de bruit partout dans le monde, le soutien à l’obligation de ce bout de tissu plaqué sur le visage peut sembler étonnamment fort: «Le fait qu’il y ait davantage de gens pour plébisciter le port du masque que pour faire confiance aux autorités, suggère Vincent Aveni, peut donner à penser que si l’on est contre les autorités, c’est parce qu’elles sont les autorités, et non pas en raison des mesures prises. Et puis l’être humain n’est pas fou au point de renoncer à se protéger contre un tel péril.»

Une communication réaliste

Emanuela Ceva avance une autre explication: «La Suisse au début du confinement n’a pas pris le même type de mesures que ses voisins comme l’Italie ou la France où il y avait beaucoup plus de restrictions et d’interdictions. En privilégiant comme en Suisse la recommandation plutôt que l’obligation, on change les mécanismes de motivation, on fait confiance à la responsabilité des individus, sur fond de solidarité. Je peux ainsi avoir de la défiance envers les autorités tout en reconnaissant que le port du masque est un geste citoyen.»

De façon moins surprenante, peu de sondés croient à une fin rapide de la crise sanitaire: «Si on ouvre un journal, si on va sur internet, si on regarde la télévision, explique Vincent Aveni, on constate qu’un climat anxiogène est maintenu. Ne serait-ce que parce que les autorités ne peuvent se permettre d’encourager des formes de laxisme. On peut aussi créditer ici les personnes interrogées d’une forme d’intelligence et de réalisme.»

Emanuela Ceva y voit, elle, une autre preuve «que la stratégie de communication des autorités a su ne pas créer d’illusions». C’est également à une communication réussie qu’il faudrait attribuer le faible nombre de personnes craignant que leurs droits démocratiques soient menacés par les mesures sanitaires: «Les citoyens ont été considérés comme des interlocuteurs plutôt que de simples destinataires. Quand l’autorité est exercée, au contraire, de l’extérieur, on le voit immédiatement comme une menace pour la démocratie.»

À l’inverse, Vincent Aveni s’attendait à ce que davantage de personnes soient prêtes à se faire vacciner: «On est impacté par ce coronavirus dont on pense qu’il va durer, mais en même temps on n’est pas si enclin que cela à donner son blanc-seing à des industries pharmaceutiques, à des autorités, pour sortir plus rapidement de la crise par un vaccin. Les anti-vaccins profitent des réseaux sociaux pour se faire entendre. Et puis on peut considérer que cette course effrénée aux vaccins peut être aussi un danger. Les gens entendent qu’on leur promette un vaccin rapidement, mais ils ne veulent pas n’importe quoi non plus.»

Pour Emanuela Ceva, la question des vaccins est liée au problème des rapports entre la science et la politique: «On a pu voir dans des pays qui ont été frappés de manière très importante par l’épidémie, comme l’Italie ou les États-Unis, que des résultats meilleurs ont été obtenus quand il y a eu une alliance entre la science et la politique, quand les décisions politiques ont été basées sur des évidences scientifiques, et des désastres en revanche quand elles ont été séparées. Le message politique devrait être que la science et la politique ne sont pas des alternatives, mais qu’elles doivent procéder ensemble.»

Quelques chiffres

17% seulement des Romands croient que la crise sera bientôt terminée. Les Suisses alémaniques sont légèrement plus optimistes (20%).

30% des Romands croient que les droits démocratiques sont en danger, contre 27% des Suisses alémaniques.

36% des Romands se disent touchés par les conséquences économiques de la pandémie ou craignent de l’être à l’avenir, contre seulement 25% des Suisses alémaniques.

60% des Romands se disent désorientés par les différences de mesures entre les cantons. Ils sont encore plus nombreux à le penser en Suisse alémanique (69%).

La fameuse théorie du complot

Très élevé peut aussi paraître le nombre de gens croyant que le virus a été fabriqué en laboratoire: «Face à quelque chose que l’on ne connaît pas bien, avance Vincent Aveni, la tentation est grande de chercher un bouc émissaire, un coupable. Il est quelque part plus rassurant d’imaginer que c’est un savant qui a fait cela et que donc cela peut s’arrêter, plutôt que quelque chose qui serait venu d’une mutation de la nature, et qui serait incontrôlable.»

Cette question, pour Emanuela Ceva, est de l’ordre de la croyance aux «fake news» et met en cause la qualité de l’information, mais «ne change pas fondamentalement l’attitude des gens par rapport aux obligations sociales. Je peux penser que le virus a été créé dans un laboratoire et reconnaître néanmoins l’importance de faire quelque chose pour contenir la pandémie.»

Qu’enfin peu de gens semblent avoir peur d’être contaminés, cela s’expliquerait, selon Vincent Aveni, «par une meilleure connaissance des moyens de se protéger. Je le vois avec mes patients: pour eux, la peur d’être contaminés n’est pas la source première de leur problème, la source première, c’est plutôt la coupure du lien social, tous ces gestes, ces attentions que l’on pouvait se donner les uns les autres et qui faisaient que la vie avait du sel.»

 

Photo: Getty Images

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