Navigation

Migros - M comme Meilleur.

Portrait

Un homme hors norme

Peintre, verrier, mosaïste, Bernard Viglino continue de créer à 97 ans dans son incroyable maison de Chavornay (VD).  Son secret pour durer? Ne pas trop se prendre au sérieux.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Matthieu Spohn
121659.jpeg

Bernard Viglino, dans son incroyable maison de Chavornay (VD).

Bernard Viglino aurait pu prendre sa retraite il y a plus de trente ans. Il n’en a rien été, et l’artiste peintre a -toujours continué de créer, l’œil vif et le regard décalé. «Je ne peins plus depuis quelque temps, car je n’ai plus assez de force», précise le bientôt centenaire qui vit seul à Chavornay après le décès de son épouse il y a trois ans. «Je continue par contre mes collages. Je découpe des images et des textes que je trouve dans les journaux et en fais des compositions. Comme les idées me viennent par milliers, je travaille tous les soirs jusqu’à 2 ou 3 heures du matin.»

Né pour ainsi dire dans la peinture en 1924 – son père possédait une entreprise de gypserie-peinture –, Bernard Viglino suit un apprentissage de plâtrier-peintre dans l’idée de reprendre un jour la société familiale. En parallèle, il fréquente l’École des arts et métiers de Vevey afin de devenir décorateur de théâtre. Deux rencontres vont alors changer à jamais sa vie. La première avec Gaston Faravel, qui lui donne pour la première fois la possibilité d’exprimer son talent créatif au Théâtre du Jorat, et la seconde avec Paul Monnier, qui l’initie à l’art du vitrail et de la mosaïque.

121658.jpeg

Bernard Viglino, devant l’un des corbeaux géants qu’il avait imaginé pour un giratoire.

Le succès est rapidement au -rendez-vous, et notre homme est amené à réaliser des dizaines et des dizaines d’œuvres – parfois monumentales – pour des églises, des hôpitaux et même un pénitencier aux quatre coins de la Suisse romande. «J’ai eu la chance d’exercer mon métier à une époque où il y avait beaucoup de commandes et n’ai jamais dû demander l’aumône», se souvient modestement Bernard Viglino, en omettant de mentionner que si autant de paroisses et d’institutions ont fait appel à lui, c’est bel et bien parce qu’il était un coloriste hors pair et savait s’adapter à chaque architecture.

Lorsqu’il ne travaillait pas à  la réalisation de vitraux et de mosaïques, notre homme a aussi énormément peint. «La démarche était assez égoïste, car je peignais pour moi et non dans le but de vendre mes tableaux. Je suis mon premier client et collectionne mes propres œuvres», explique le Vaudois.

Tout au long de sa vie, l’artiste s’est encore amusé à magnifier des robes en leur rajoutant diverses pièces de tissu, à imaginer des maquettes de voitures futuristes et s’est essayé à la sculpture. «Quelqu’un a dit de moi que j’étais une mosaïque humaine. Cette définition me plaît assez», rigole notre homme qui porte ce jour une veste patchwork, tout à son image. «Vous savez, il ne faut pas trop se prendre au sérieux. C’est  mon secret de longévité, avec l’absence de sport, que je n’ai jamais aimé.»

 

Ayant créé de très nombreux motifs religieux au cours de son existence, Bernard Viglino dit ne pas croire en Dieu mais en une force supérieure. «Si je devais toutefois choisir, je préférerais aller en enfer plutôt qu’au paradis. J’aurais le vertige de là-haut», annonce-t-il sous forme de boutade avant de se lever et de traverser la maison avec son déambulateur. «Venez, je vais vous faire entendre ma Poya musicale.» Dans le coin d’une pièce, il enclenche alors le vieux tourne-disque caché par mille objets et fait résonner le célèbre chant fribourgeois tout en secouant un drôle d’instrument imaginé par ses soins et constitué de cloches. Il est comme ça Bernard Viglino, attachant et plein de vie.

Une œuvre d’art totale

«J’ai acheté ma maison en 1958. Elle date du XVIe siècle et est classée aux monuments historiques. Ma femme et moi nous sommes pris de passion pour l’aménager avec des objets trouvés dans les brocantes au fil des décennies. J’y entrepose des peintures et la décore avec des centaines de collages et d’objets hétéroclites. Il en ressort un univers particulier qui me ressemble. À ma mort, la maison sera léguée à une fondation que j’ai créée. L’idée n’est pas d’en faire un musée, mais de la conserver telle quelle et de l’ouvrir de temps à autre à des intéressés.»

Plus d'articles