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Politique

La galère d'être jeunes mères et parlementaires

Les conseillères aux États Johanna Gapany (PLR/FR) et Céline Vara (Verts/NE) ont accouché tout récemment. Encore en congé maternité, elles n’ont pourtant pas d’autre choix que de participer à l’actuelle session du Parlement si elles ne veulent pas perdre leurs voix.

Texte Alain Portner
Photos Niels Ackermann / Lundi13
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Pour pouvoir siéger ce printemps au Conseil des États, Johanna Gapany s’est ­organisée avec son mari pour se partager la garde de leur bébé.

Le Conseil des États traîne depuis toujours une image poussiéreuse, celle d’une coterie de politiciens mâles en fin de carrière. Mais les temps changent, la chambre haute rajeunit (moyenne d’âge 55 ans tout de même) et se féminise (un quart de femmes pour trois quarts d’hommes). Dans ces circonstances, pas étonnant que Céline Vara (Verts/NE) soit devenue, le 15 décembre 2020, la première sénatrice romande à avoir un enfant durant son mandat. Depuis, elle a été imitée par Johanna Gapany (PLR/FR), qui a accouché d’une fille début janvier 2021. «Et il y aura certainement d’autres heureux événements à l’avenir», annonce sur un ton goguenard la première nommée.

Pas encore sorties des couches, ces trentenaires participent déjà à l’actuelle session de printemps, qui a démarré le 1er mars. Pourtant, elles sont officiellement en congé maternité! «Nous avons la possibilité d’être remplacées en séance de commission par l’un de nos collègues, mais pas en plénum», explique Céline Vara. «Rien ne nous oblige à venir à Berne, poursuit Johanna Gapany. Mais si nous ne sommes pas là, notre siège reste vide et notre voix est perdue.» Or, les votes sont parfois serrés au sein de cet hémicycle qui ne compte que 46 places.

Même si le Palais fédéral ne possède pas les commodités d’une nurserie dernier cri (à l’exception toutefois d’une salle d’allaitement inaugurée en 2019), les deux élues sont là, fidèles au poste. Elles ont juste réduit leur présence sous la Coupole pour se concentrer sur la session. Leur situation de mère allaitante ne leur laisse en effet pas le loisir de multiplier réunions, rendez-vous et rencontres informelles dans la salle des pas perdus.

En l’absence de crèche sur place et de possibilité de voter à distance (deux lacunes que souhaiterait combler Céline Vara), jongler entre vie familiale et exercice parlementaire nécessite la mise en place d’une bonne logistique. L’écologiste neuchâteloise est accompagnée de son conjoint, qui a pris congé pour pouvoir s’occuper de leur petite. Et elle a dû trouver une solution pour son aînée de 4 ans. «C’est toute une planification, compliquée, qui décourage un peu.» La libérale-radicale fribourgeoise s’est organisée avec son mari pour se partager la garde de leur bébé, dès à présent et par la suite également. «Je ne me sentais pas à l’aise d’aller au Parlement – un lieu où il y a beaucoup d’agitation – avec un nourrisson.»

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Céline Vara, fidèle au poste. L’écologiste neuchâteloise sait qu’un seul vote peut faire la différence au Conseil des États.

Ni l’une ni l’autre n’assistera donc aux séances avec son bambin porté en écharpe. Comme l’avait fait, en automne 2018, leur collègue de la chambre basse Irène Kälin. Cette écologiste argovienne avait d’ailleurs été vertement tancée pour cet acte. «On m’a reproché d’être une mauvaise mère pour n’avoir pas renoncé à mon mandat en faveur de mon fils, raconte cette dernière dans une interview. En fait, j’essayais seulement d’assumer mes tâches.» Céline Vara nous confie qu’elle a aussi essuyé à ce genre de remarques lorsqu’elle était enceinte. «Avec moi, heureusement, personne n’a osé», rigole Johanna Gapany.

Les députées en congé maternité ne bénéficient ainsi d’aucune facilité: elles vivent les mêmes galères que les autres mères. «Et les mêmes bonheurs!», s’exclame l’économiste gruérienne avant d’ajouter: «Il n’y a pas de raison que nous soyons privilégiées par rapport aux autres mamans qui ont une activité professionnelle.» Si l’avocate neuchâteloise partage cet avis, elle insiste aussi sur le fait qu’il y a encore beaucoup de boulot en Suisse pour rendre compatible travail et vie familiale. «Le monde politique devrait servir d’exemple, mais il est malheureusement à la traîne dans ce domaine.»

Journée internationale des droits de la femme

Le 8 mars, on célèbre la Journée internationale des droits de la femme. Une journée pas comme les autres pour Céline Vara et Johanna Gapany, même si ces sénatrices siégeront comme à l’accoutumée. «Cette date doit nous rappeler que des femmes se sont battues pour que nous puissions avoir notre place dans le monde politique et le monde professionnel, et que rien n’est jamais gagné, relève l’élue fribourgeoise. A nous de nous battre désormais pour plus d’égalité.»

Sa collègue neuchâteloise estime, elle, que ce jour doit servir à fédérer les femmes autour du combat pour l’égalité, en particulier salariale. «L’égalité des genres est inscrite dans la Constitution depuis 1981, mais elle n’est pas concrétisée dans les faits. C’est intolérable!» Toutes deux s’accordent enfin pour dire qu’il y a encore un sacré potentiel d’amélioration, dans notre pays, en matière de politique familiale. Difficile de les contredire…

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