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Entretien

«Nous ne sommes pas faits pour être seuls»

L’isolement pèse plus lourd quand on est célibataire. C’est du moins ce que pressent Sandy Kaufmann, love coach qui vient en aide aux esseulés. De quoi booster sa vie amoureuse, même en temps de Covid!

Texte Patricia Brambilla
Photos Dan Cermak
Sandy Kaufmann

Sandy Kaufmann, rencontrer l’amour à l’heure du Covid, n’est-ce pas un défi impossible?

Pas tant que ça, en fait. C’est vrai qu’il y a moins d’endroits où l’on peut se ­réunir en masse. Mais on peut toujours ­rencontrer l’amour! Cette période de ­semi-confinement, qui offre moins de distractions et de choses à faire à l’extérieur, nous pousse en fait à nous poser les vraies questions: qu’est-ce qui est important dans notre vie? Pendant cette crise sanitaire, beaucoup de célibataires ont justementpris conscience que partager sa vie avec quelqu’un était essentiel.  

D’où l’idée d’organiser un atelier à ­l’intention des personnes seules?

L’isolement a généré beaucoup de réactions émotionnelles. Nous ne sommes pas faits pour être seuls, nous sommes des animaux sociaux, qui avons besoin d’interaction. Le home office, les contacts limités, l’absence de rendez-vous et la perte de repères ont amené les gens, et surtout les célibataires,à travailler de plus en plus sans s’en rendre compte. Après six mois de télétravail, on commence à ne plus prendre de pause à midi, à ne plus faire de sport régulièrement, d’où un risque accru de burn-out. De ce point de vue-là, les célibataires sont plus vulnérables que les personnes en couple.

Quel est le premier conseil que vous leur donnez pour rencontrer l’amour?

De prendre le temps. Si on veut rencontrer quelqu’un sans investir de temps, on continuera à ne rencontrer personne. Il faut d’abord faire un travail d’introspection, déceler ce qui nous bloque en amour et adopter un état d’esprit positif avant de se tourner vers l’extérieur et de tenter une rencontre, que ce soit dans un bar ou sur Tinder.

En ce moment, c’est plutôt sur Tinder… Justement, de quel œil voyez-vous ce genre de sites?

Ils sont une opportunité unique de pouvoir rencontrer assez facilement des gens et de voir s’ils nous correspondent en termes de valeur, de phases de vie, de timing. L’amour, c’est aussi une question de statistiques: on n’est pas compatible avec tout le monde. Si on a 10% de gens qui nous conviennent, il faut se donner le droit de les rencontrer. Mais pour augmenter ses chances, il faut d’abord mener une réflexion intérieure, ­savoir quels sont nos mécanismes en amour, savoir ce que l’on cherche comme relation.

Mais que vaut un match sur un site de ­rencontre?

On ne peut pas le savoir à l’avance. C’est comme dans la vraie vie. Quand on croise quelqu’un dans un bar, on ne peut pas savoir si la personne va nous correspondre ou pas. Une étude de l’OFS datant de 2018 a montré que 20% des gens en couple depuis plusde cinq ans se sont trouvés grâce à des sites de rencontre. Ce qui est un chiffre non ­négligeable et certainement en augmentation. Une autre étude de l’Université de Genève a souligné le fait que ceux qui consultent les sites de rencontre ont ­vraiment envie de s’engager dans une ­relation et sont sérieux dans leur démarche.

Trouver l’amour, c’est le fruit du hasard ou le résultat d’une bonne photo de profil?

Ni l’un ni l’autre. Il faut surtout changersa vision de l’amour, ne pas rester coincé dans des schémas amoureux plus ou moins conscients. Ceux-ci sont basés sur des ­expériences passées, qui remontent parfoisà l’enfance, comment on a vu nos parentsen couple, quelle relation on avait aveceux, nos premiers flirts... Ces croyances sont soit aidantes, si elles nous donnentune vision positive de l’amour, soit limitantes, si elles nous en donnent une vision négative.       

Autrement dit, il ne faut pas changer de partenaire, mais d’état d’esprit…

La plupart du temps, c’est ça! Je ne dis pas qu’il faut rester ensemble à tout prix, mais dans beaucoup de cas, en travaillant surses croyances, on se rend compte que le ­problème ne vient pas de l’autre, mais de notre vision à nous, qui peut nous empêcher de nous positionner ou de communiquer ­clairement. On ne fait pas exprès d’adopter des croyances limitantes, mais quand l’échec amoureux se répète, c’est qu’il y en a probablement une.

Un exemple concret?

J’entends souvent cette phrase: «Je ne comprends pas pourquoi j’attire toujours des personnes qui ne veulent pas s’engager dans une relation.» Est-ce un manque de chance? Je crois plutôt que si l’on rencontre des personnes indisponibles, c’est que l’on a peur soi-même d’entrer dans une relation. Une peur liée à des expériences passées, qui ont inscrit dans la mémoire inconsciente que s’engager dans une relation avait un prix négatif. C’est le souvenir par exemple d’une maman qui se sacrifie dans le couple, d’une relation où l’on n’a pas pu être soi-même, où l’on a été trahi… C’est en faisant son propre bilan que l’on prend conscience des possibles schémas amoureux qui nous enferment. Et que l’on peut commencer à les changer.

Est-ce vraiment possible de se déprogrammer?

L’approche psychocorporelle de l’étiopsychologie est intéressante. Elle montre que les schémas se sont enregistrés au moment d’un stress lors d’une mauvaise expérience. Sous stress, ce n’est plus le cerveau rationnel, mais le cerveau reptilien qui prend le contrôle.Or, celui-ci décide d’une réaction immédiate, fuite, immobilisme ou attaque, et l’accompagne d’une émotion comme la colère, l’angoisse ou la peur. Ce cerveau reptilien enregistre alors dans sa base de données cette réaction qui nous a sauvé la vie. Et à chaque nouvelle ­situation de stress, il reproposera le même schéma de réaction. Cette mémoire de survie ne se situe pas seulement dans la tête, mais aussi dans le corps. Ce qui explique des dissonances parfois entre la volonté du cerveau ­rationnel et les réactions physiques. Pour se déprogrammer, il faut donc identifier le premier événement qui a généré ce schéma réactionnel et apaiser, par des massages spécifiques, les organes impliqués à ce moment-là. Le but est de désamorcer le cerveau reptilien.

 

Sandy Kaufmann

«Si on veut rencontrer quelqu’un sans investir de temps, on continuera à ne rencontrer personne.»

Mais pour tomber sur la personne qui fera tilt, il faut une part de chance, non?

Non. C’est le cerveau reptilien qui faitque l’on est attiré par certaines personnesou non. Or, dans le phénomène de l’attraction, le ­cerveau reptilien suit deux principes: il ­recherche la personne la plus différenteen termes génétiques pour des questions de ­reproduction et il se base sur les modèles amoureux qu’il a appris. Quand on changeses schémas amoureux, on est attiré par des personnes qui seront davantage compatibles avec nous.

Qu’en est-il du coup de foudre entre masque et semi-confinement?

Le coup de foudre, ces papillons dans le ventre que l’on ressent parfois, n’est pas synonymede sentiment amoureux. C’est une réaction physiologique du corps quand on voit quelqu’un qui nous plaît. C’est une ­attirance sexuelle, pas une garantie que l’on va aimer cette personne. D’après la biologiste Dawn Maslar, le coup de foudre n’existe pas. Certaines personnes commencent une relation sereine sans coup de foudre, parce qu’elles ont développé un sentiment amoureux progressif.

Comment créer une approche romantique avec la distanciation sociale?

Pourquoi ne pas faire connaissance en faisant une balade dans la nature ou en organisant un pique-nique à la maison? Le tout début d’une rencontre est important. Se faire la cour, apprendre à connaître l’autre permet de développer le sentiment amoureux. Vidéos, jolies lettres, petites surprises que l’on envoie par la poste, autant de façons de commencer une belle histoire malgré le semi-confinement. Plus il y a de contraintes, plus cela ­favorise l’imagination et la créativité.

À vous entendre, la crise sanitaire pourrait finalement favoriser les belles rencontres?

En tout cas, les gens qui font l’effort de ­rencontrer quelqu’un en ce moment sont vraiment très motivés, puisque tout estplus difficile. L’avantage aussi, c’est que quand on se rencontre dans la simplicité, sans les animations et les habituelles ­distractions, on peut voir plus rapidementsi l’on est compatible ou non: si on se plaît quand on prend un café à l’emporter, ça ne peut que marcher quand la routine sera ­installée! 

Bio express

1979: naissance à Lyon (F)

1997-2001: études HEC à l’Université de Lausanne, en marketing et finance

2001: travaille comme cheffe de produit dans différentes entreprises

2007: après plusieurs échecs amoureux, entreprend une formation en étiopsychologie, méthode fondée par Eric Loison à Genève

2011: rencontre son futur mari sur les pistes de ski de Zermatt.

2015: naissance de son fils

2017: suit une certification en coaching mental à l’IPC Akademie à Zurich

2020: devient love coach à plein temps

En ligne pour le moment sur https://sandykaufmann.ch/fr/

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