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Reportage Demeter

Le lent chemin de la reconversion

Christophe Mingard, viticulteur et arboriculteur à Préverenges (VD), a choisi de passer tout son domaine en biodynamie pour décrocher le label Demeter. Un label de plus en plus représenté sur les rayons de Migros

Texte Patricia Brambilla
Photos Olivier Vogelsang
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Christophe Mingard, viticulteur bio et producteur de pommes et de pruneaux.

Il regarde attentivement les délicates fleurs de ses pruniers, observe la couleur des étamines. Elles sont oranges vif, bon signe. Si le gel les avaient prises, elles auraient noirci. En ce matin d’avril, la nuit a été froide et le lac Léman a pris des couleurs hivernales. Christophe Mingard, viticulteur et arboriculteur à Préverenges (VD) s’inquiète un peu pour ses fruitiers. Un «petit domaine» de quinze hectares, qui descend en pente douce, travaillé en fruits depuis quatre générations. Des pommiers, des pruniers et, depuis 1980, des vignes qu’il a plantées lui-même.

A 55 ans, deux grands enfants pas trop intéressés par l’agriculture, il vient de prendre une décision de taille: obtenir le label Demeter pour l’ensemble du domaine. Une reconversion encouragée par Migros, qui lui achètera sa récolte. «Depuis vingt ans, je produis déjà la vigne selon les critères Demeter, mais sans labélisation. Pour obtenir le certificat, il faut que tout le domaine soit aux normes. Je vais donc basculer les fruitiers en biodynamie. C’est un challenge, mais après trente ans de métier, il faut garder un peu d’aventure!» sourit Christophe Mingard. Qui a pu négocier une reconversion par étapes sur cinq ans au lieu de trois.

Un label exigeant

Le cahier des charges Demeter (voir ci-dessous) est exigeant, fondé sur la biodynamie, à mi-chemin entre l’ésotérisme et le savoir des anciens. Il exclut évidemment tout pesticide et autres produits de synthèse. Christophe Mingard l’a déjà testée avec succès sur ses vignes, – «les vins en biodynamie ne sont pas forcément meilleurs gustativement, mais ils ont une personnalité plus marquée». Mais qu’en sera-t-il des fruitiers ? «Les cépages existaient déjà avant la chimie, mais ce n’est pas le cas de la production arboricole. Toutes les pommes actuelles, Golden, Jazz, Gala, etc. ont été développées à partir des années 1950, avec les produits de synthèse. Est-ce que leur patrimoine génétique leur permettra de résister sans pesticides? J’ai deux à trois ans pour voir venir et, au besoin, remplacer les arbres par des variétés anciennes plus résistantes comme la Boskoop.»

Au programme de cette année, il renonce aux herbicides et aux engrais de synthèse. Ce qui signifie désherber avec une machine. «C’est plus de travail bien sûr, mais c’est aussi une autre vision esthétique. On tolère davantage d’adventices et de graminées entre les troncs.» Et c’est surtout une autre approche de l’agriculture, qui consiste à renforcer le sol avec des préparations dynamisées, protéger la plante par des décoctions, tisanes d’orties ou de pissenlit, vaporisation de savon noir ou d’huiles essentielles contre les ravageurs en tout genre. «On doit faire le double de pulvérisations qu’en agriculture conventionnelle. Il faut constamment être au front, le suivi est plus grand. La biodynamie est à l’agriculture ce que l’homéopathie est à la médecine. Comme on est beaucoup dans le préventif et peu dans le correctif, on doit vraiment anticiper le plus possible.»

Entre ésotérisme et savoir ancestral

Non, Christophe Mingard ne va pas danser secrètement dans son verger les nuits de pleine lune, mais il concède quelques pratiques qui peuvent paraître étranges au béotien. En s’entraidant avec un groupe de voisins agriculteurs, déjà labélisés, il respecte le calendrier lunaire, n’utilise que de l’eau de pluie et recourt à la bouse séchée, mais pas n’importe laquelle: celle-ci a d’abord été mise dans une corne de vache enterrée entre deux équinoxes, puis diluée dans un dynamiseur, avant d’être pulvérisée «pour nourrir le sol comme un mini-compost, un concentré de vie». D’autres substances ont été préalablement maturées dans des panses de vaches, l’animal parfait pour Rudolf Steiner, fondateur de l’anthroposophie. «J’ai pris l’approche biodynamique telle quelle. Je la pratique depuis vingt ans, je ne comprends rien, mais ça fonctionne. C’est un constat empirique», tranche Christophe Mingard, qui ne se revendique pas anthroposophe pour autant.

En prévision des pluies, il fera des pulvérisations de prêle et d’ortie pour renforcer les plantes et perturber le développement mycélien, qui entraîne tavelure, oïdium, moniliose et autres maladies fongiques des fruitiers. Et surtout, en période de croissance des pommiers, il arpentera le domaine deux fois par semaine. Observera les feuilles, le diamètre des bois, les signes possibles de carences, l’orientation des rameaux. Il veillera sur le verger. Humera l’odeur de la terre, qui doit sentir bon la décomposition, façon champignons de Paris. Prendra soin de ce patrimoine hérité de son père, coteaux inclinés limono-calcaires qui se prêtent à merveille à l’arboriculture. «Je sais que ce sera plus d’efforts pour environ 30% de rendement en moins. Mais le trend est lancé, la recherche agronomique se pose de plus en plus de questions et je fais confiance à la jeune génération qui a de nouvelles exigences.»

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Entretien

 «Nous sommes les puristes du bio»

Aline Haldemann, co-directrice Demeter Suisse et responsable marketing.

Qu’est-ce qui différencie le label Demeter du label bio ?

Il va un peu plus loin, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’être durable et de ne pas utiliser de pesticides de synthèse, mais aussi de tout renforcer, à commencer par les sols, pour qu’ils soient plus vivants et fertiles. Les animaux doivent être détenus de la manière la plus respectueuse possible. Ainsi les vaches, par exemple, ne sont pas écornées et les poussins mâles ne sont pas supprimés. Pour les poules et les cochons, on demande que 20% de leur alimentation soient produits dans l’exploitation (dès 2025, ce taux passera à 50%). L’idée est vraiment de dénaturer le moins possible la matière première. C’est pourquoi le lait n’est pas homogénéisé et qu’il n’y a pas de sel nitrité dans les produits de charcuterie. Nous sommes les puristes du bio.

 

Faut-il comprendre qu’aucun produit phytosanitaire n’est utilisé ?

Les pesticides et engrais de synthèse sont interdits d’utilisation. L’utilisation du cuivre n’est autorisée que pour la vigne et les fruits à noyau et à pépins, et ceci à faible dose. Les fermes fabriquent des préparations biodynamiques 100% naturelles, qu’elles mélangent avec de l’eau et épandent sur les plantes et les sols.  Cette pratique douce et proche de la nature demande une plus grande implication de l’agriculteur, qui doit être dans la prévention, l’observation fine des plantes et des animaux pour se rendre compte très tôt des éventuels déséquilibres afin d’y remédier.

 

On associe souvent le label Demeter à l’ésotérisme…

En 1924, Rudolf Steiner a développé les bases de la biodynamie. Aujourd’hui, Demeter est un label avec un cahier des charges contenant des directives agricoles et des directives de transformation. Celles-ci ne contiennent pas d’exigences spirituelles. 

 

Mais ce label est-il compatible avec l’idée de rendement ?

Le rendement de l’agriculture bio est certes plus bas, mais en contrepartie les volumes d'azote, de phosphore et d'autres nutriments ajoutés dans les sols sont plus faibles. En d'autres termes, les cultures biologiques utilisent les ressources à disposition de manière très efficace. En fait, le label Demeter, propose une approche fondamentalement différente et vise la pérennité agricole. De plus, les sols cultivés en biodynamie ont des émissions de gaz à effets de serre fortement inférieures en comparaison à des sol conventionnels.

 

En comparaison internationale, où se situe la Suisse ?

Sur 50 000 exploitations, seules 370 fermes sont certifiées Demeter, soit même pas 1%. Mais de plus en plus de paysans et paysannes s’intéressent à la biodynamie. L’Allemagne, berceau de la marque, est le pays qui compte le plus de membres.

 

Le public est-il prêt à payer pour ce label?

Contrairement à la Suisse allemande, les consommateurs romands connaissent encore peu ce label, à part pour le vin. Ces produits sont plus chers, mais ils sont la garantie d’une excellente qualité et d’une production la plus naturelle et respectueuse possible. La collaboration avec Migros va nous permettre de rendre plus visibles les produits Demeter.

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