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Et si on allait prendre l’art…

Tous les quatre ans, le beau village de Môtiers (NE) et sa nature environnante se muent en un lieu d’exposition d’œuvres en plein air. A nouveau de haut vol, la 8e édition est à découvrir jusqu’au 20 septembre 2021.

Texte Alain Portner
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Un fantôme de la forêt fuit devant un visiteur... «Saisir les esprits de la Sourde», de Rebecca Sauvin (photo: DR).

De capiteuses effluves d’absinthe flottent dans les rues de Môtiers, village où l’on recense pratiquement une distillerie pour cent habitants. Nous passons devant une reproduction de l’affiche mythique de 1910 annonçant la mort de la fée verte qui, depuis, a bel et bien ressuscité. Même si certains regrettent encore le bon vieux temps de la prohibition…

Mais nous ne sommes pas ici pour parler de la boisson des poètes. Ce qui nous amène dans cette localité du Val-de-Travers, c’est l’exposition estivale d’art en plein air qui s’y tient tous les quatre ans. Elle aurait d’ailleurs dû avoir lieu en 2020 si le coronavirus ne s’en était pas si fâcheusement mêlé!

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Le village de Môtiers accueille depuis 1985 des expositions en plein air (photo: DR).

«C’est une toute bonne édition, relève Anne Delachaux, l’une des chevilles ouvrières de cette manifestation. Ce qui m’a frappée, c’est la forte influence qu’a eue cette année de pandémie sur les œuvres présentées. Beaucoup d’entre elles évoquent l’enfermement, le manque de contacts humains, ce besoin d’échapper à la pression ambiante.»

Cela s’est notamment traduit par une multiplication de sculptures monumentales. Pourtant, c’est une création pas plus grande qu’un timbre-poste que l’on reçoit à l’entrée: un petit «rien» signé de l’artiste provocateur Ben que l’une des préposées à l’accueil tamponne sur notre sésame.

Des œuvres à foison

La visite a tout du jeu de piste ou d’une partie de cache-cache. Un œil sur le plan que l’on nous a remis à la billetterie, l’autre balayant l’horizon, nous avançons tranquillement afin de ne manquer aucune des quelque cinquante œuvres disséminées dans ce joli bourg et ses environs. Si certaines sont très visibles à l’image de ce bonhomme de neige aussi jaune que gonflé à bloc, d’autres se fondent dans le paysage ou se cachent dans quelques recoins, cours, remises et jardins.

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«Skiing Snowman», de Jan Kiefer, ne passe pas inaperçu (photo: DR). 

Nous arpentons la Grand-Rue, une large avenue bordée de demeures basses et cossues. Posées là depuis des siècles, elles ne semblent guère perturbées par l’apparition ponctuelles d’installations contemporaines sous leurs fenêtres. Comme ce singulier distributeur d’objets d’art ou encore ce somptueux corail en marbre blanc qui s’élance vers le ciel. Le conceptuel côtoie le figuratif, l’ironique voisine avec l’esthétique, l’humoristique dialogue avec le poétique… Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Une sorte de temple hindou planté au sommet d’un tumulus attire notre regard. Son entrée est grande comme un trou de souris, nous obligeant à progresser à quatre pattes jusqu’à une trappe. L’on se redresse alors pour découvrir un espace lumineux et coloré. Une allusion aux cabanes de notre enfance où il faisait bon être… confiné.

Une flèche indique un sentier qui file sur la droite et longe une rivière. Nous foulons l’herbe encore imprégnée de rosée. Il était écrit quelque part que l’expo était déconseillée aux porteuses de haut-talons. C’est vrai qu’il vaut mieux être confortablement chaussé pour apprécier cette promenade au fil de l’art. A noter qu’il existe un parcours adapté aux poussettes, chaises roulantes, escarpins et autres tongs.

Infos pratiques et carnet de route

Expo: «Môtiers 2021 - Art en plein air», jusqu’au 20 septembre 2021.

Horaires: du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures.

Infos: www.artmotiers.ch

 

Départ et arrivée: gare de Môtiers

Distance: environ 5 km

Durée: trois à quatre heures selon l’humeur

Dénivelé +/- : 130 m/130 m

Une passerelle invite à changer de rive. Le bois où l’on se trouve recèle bien des surprises. Sous la forme de délicates ondines, d’un colossal rhinocéros ou encore d’une grosse mouche qui a atterri tête la première contre un tronc d’arbre. Pas de quoi troubler les rustiques Highlands qui paissent face à un saloon, plutôt à un décor de cinéma façon Cinecittà érigé en ce lieu pour rappeler cette époque héroïque où la production d’absinthe était clandestine.

Que nous réserve Jonathan Delachaux, le régional de l’étape? Avec la complicité de Zoé Cappon, il a entassé une quarantaine de mannequins de taille humaine à l’intérieur d’une maisonnette. Nous nous retrouvons donc face à une foule immobile en attente d’une décision administrative, d’un vol sans cesse reporté, de la levée d’une quarantaine… Qui sait?

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«La Gardienne du Temps», de Catherine Gfeller, pose au pied de la cascade(photo: DR).

Les aficionados de randos apprécieront tout particulièrement la portion suivante, la plus sauvage. Déjà pour son spot: la spectaculaire cascade de Môtiers, au pied de laquelle a été installée une haute et élégante statue d’un beau rouge vif. Ensuite, pour sa solide grimpette qui fait battre les cœurs. Et enfin, pour le Plat de Riaux, une vaste clairière équipée de bancs et foyers et abritant même une buvette. Après l’effort…

Le retour se fait par un autre chemin, avec panorama sur le Val-de-Travers. Après avoir dévalé des escaliers de pierre, nous pénétrons dans une forêt sombre. Une cahute en rondins est plantée un peu à l’écart du sentier. Nous soulevons le pan d’une couverture militaire pour y entrer. C’est vide et dépouillé avec, comme seule source de lumière, un vitrail aux couleurs changeantes qui offre une vue inhabituelle sur les sapins.

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Le vitrail de la «Chapelle inversée», d'Alexandre Joly, offre une vue inhabituelle sur les sapins (photo: DR).

Plus loin, au milieu des champs, le fantôme d’une girafe soulève sa patte squelettique en signe d’adieu. Plus loin encore, un panneau noir sur lequel est écrit en lettres blanches «The end is near», la fin est proche. De l’expo, c’est sûr. Du monde, on ne l’espère pas mais il faut peut-être demander à la… girafe!

Nos pas nous conduisent jusqu’au cœur du village. La boucle est presque bouclée. Plus qu’à rejoindre la gare où se trouve la 47e et dernière œuvre: un piano droit juché sur un autre piano droit. Histoire que visite et balade s’achèvent sur une bonne note? Sauf que ces deux instruments de rue restent muets... Comme nous après cette bonne bouffée d’art frais.

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«Hello Goodbye», de Christian Gonzenbach, nous rappelle que nous ne faisons que passer (photo: DR).

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