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Un étonnant voyage dans le temps

Le sentier des fortifications à Fribourg plonge le visiteur en plein XVe siècle. Rythmé par de nombreuses portes et tours, il emprunte de longs tronçons de muraille. Magnifiquement préservé, cet ensemble permet de comprendre comme rarement en Europe ce que pouvait être un système défensif au Moyen-Âge.

Texte Pierre Wuthrich
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La tour-porte de Berne, ainsi que la tour des chats et la tour rouge (au-dessus) protégeaient le quartier de l'Auge, blotti derrière les fortifications (photo: DR).

Au XIXe siècle, les fortifications des villes européennes qui avaient su résister aux diverses attaques extérieures durant leur histoire ont souvent succombés aux assauts de leurs propres habitants, qui aspiraient à davantage de place et de modernité. C’est ainsi que des pans entiers de l’histoire ont disparu non pas sous les jets de boulets mais les coups de pioche.

Fribourg ne fait pas exception à la règle. L’arrivée du train en 1862 a nécessité de remanier le futur quartier de la gare, et partant de faire – littéralement –  table rase du passé.

«Une grande partie du cœur médiéval, qui compte près de deux cents façades gothiques civiles, et du système défensif construit aux XIV et XVe siècles a toutefois pu être préservée», tempère Caroline Cochard, une Parisienne qui a eu un véritable coup de cœur pour la cité des Zähringen et qui officie aujourd’hui comme guide auprès de l’Office du tourisme.

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Caroline Cochard, guide auprès de l'Office du tourisme de Fribourg (photo: DR).

Si ces fortifications sont pareillement intactes, c’est à cause des artisans et des marchands fribourgeois qui ont fait fortune dans le commerce de draps de laine et de cuir et qui ont vu les choses en très grand. «L’enceinte fortifiée est si vaste que la cité n’a jamais pu remplir totalement le parcellaire médiéval. Jusqu’au XIXe siècle, la ville ne débordait pas de ses murs; il n’y avait pas de raison de les détruire.»

Des beautés à picorer

Ouvert en 2018 après sécurisation des lieux, le sentier des fortifications permet de comprendre et de visualiser ce système défensif, une expérience très rare au niveau européen. «Le chemin emprunte notamment sept tronçons de murailles sur 2200 mètres de long au total – un record suisse – et permet d’admirer pas moins de six tours et trois des cinq portes initiales.» De quoi plonger sans peine en plein Moyen-Âge et imaginer les arbalétriers courir sur ces hauts chemins, tenant de repousser les Bernois, comme en 1340.

Vu l’étendue du site qui s’étire sur plusieurs kilomètres, il est conseillé de choisir au préalable une zone du parcours que l’on souhaite explorer.

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Dans le quartier de la gare, la tour Henri est haute de 31 mètres. Sa fondation date de 1401-1402 (photo: DR).

Le tronçon ouest, au départ de l’Office du tourisme, comprend notamment la tour Henry qui semble bien seule dans ce quartier moderne ainsi qu’un peu plus loin le Belluard, sans conteste l’un des temps forts de la visite. «Avec le Munot de Shaffhouse qui est lui parfaitement circulaire et plus récent, il est le seul ouvrage de ce type à avoir survécu en Suisse. Concrètement, il s’agit d’une avancée fortifiée en demi-cercle à l’intérieur de laquelle on pouvait positionner des canons. L’ensemble est d’une grande beauté et accueille aujourd’hui des manifestations culturelles.» Juste à côté, voici une très longue muraille qui dévale jusqu’à la Sarine pour déboucher sur un pont suspendu, contemporain lui. En parcourant la fortification, rythmée par plusieurs tours et portes, on pourra être surpris par la relative étroitesse du mur, environ 1m80. «Il faut savoir qu’un fossé longeait toute la muraille et que les abord extérieurs étaient toujours bien dégagés afin que l’assaillant reste à découvert. Le système défensif était donc assez sophistiqué et efficace.»

La partie est du sentier comprend le ravissant quartier des forgerons en basse ville, qui mérite, lui aussi, absolument une visite. La fortification enjambant le Gottéron et la petite route s’enfonçant dans la vallée  donne la possibilité aux visiteurs de se mettre dans le rôle des défenseurs de la cité. Quant à la porte de Berne, elle permet de lire parfaitement le système défensif avec son fossé et ses lourds battants en bois. Dominant cet ensemble, voici la tour rouge. Le pentu chemin d’accès ainsi que les escaliers intérieurs, tout aussi raides, ne devront en aucun cas repousser le marcheur. Car au sommet de ce donjon, une époustouflante vue récompense le visiteur de ses efforts. A ses pieds s’étendent la basse ville lovée dans un méandre de la Sarine, le bourg sur l’éperon rocheux et les hautes falaises de molasse, un autre type de fortifications, naturelles cette fois. Magnifié par l’ancien couvent des Augustins, le monastère de Montorge, la commanderie Saint-Jean et bien sûr la cathédrale Saint-Nicolas, le panorama vu d’ici ne semble pas avoir changé. Depuis six cents ans.

Carnet pratique

– Le sentier des fortifications est ouvert tous les jours de 9 à 19 h jusqu’au 1er novembre 2021. L’accès est gratuit. Compter 4 heures pour en faire le tour dans sa totalité.

– Attention: de nombreux et pentus escaliers ponctuent le parcours au dénivelé par ailleurs important.

– Un plan est disponible à l’Office du tourisme, situé dans le foyer du Théâtre de l’Equilibre. La carte peut aussi être téléchargée sur son smartphone via l’app gratuite «Fribourg Tourisme AR».

L’espace Werkhof, en basse ville, accueillera une maquette de 52 m2 représentant Fribourg en 1606. Une bonne manière de visualiser en un coup d’œil le système de fortification. Ouverture prévue cet automne.

– Le Belluard est fermé jusqu’au 6 septembre 2021.

– Des visites guidées sont organisées chaque premier samedi du mois à 10 h 30 (payant).

–Infos: www.fribourgtourisme.ch

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