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Apprentissage

Pas encore 20 ans et déjà entrepreneurs

Sise à Courtepin (FR) au sein de Micarna, Mazubi est une société gérée par des apprentis. En développant de nouvelles spécialités et en les mettant sur le marché, les jeunes acquièrent de nombreuses compétences professionnelles et sociales.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Christophe Chammartin / DR
reportage à Micarna Fribourg, dans l'entreprise Mazubi, gérée par des apprentis, Courtepin,oct 2021

Cindy Gachet, directrice de Mazubi, dans le shop de Micarna à Courtepin (FR).

Quand Sonia, Kilian, Kevin et Matteo s’enferment un lundi sur deux avec quelques-uns de leurs jeunes collègues dans une salle de réunion, ce n’est pas pour évoquer leurs week-ends respectifs, mais pour parler de l’entreprise dont ils tiennent les rênes: Mazubi. «Cette société a été fondée en 2008 et est dirigée uniquement par des apprentis de Micarna, explique Cindy Gachet, l’actuelle directrice.» Comme n’importe quelle autre société, Mazubi développe et teste de nouveaux produits avant de les mettre en vente – dans le magasin du site de production Micarna à Courtepin (FR) – et d’analyser leur évolution sur le marché. «Un comité de direction formé de huit apprentis est en charge de la bonne marche des affaires. Chacun de ses membres, qui a dû postuler pour obtenir le poste, est responsable d’un département: marketing, développement, logistique, informatique, etc.», complète Cindy Gachet.

reportage à Micarna Fribourg, dans l'entreprise Mazubi, gérée par des apprentis, Courtepin,oct 2021

Un lundi sur deux, les apprentis formant l’équipe dirigeante de Mazubi se ­réunit pour analyser la marche des affaires de leur entreprise.

Lors des séances de direction, les lundis, les cadres en herbe présentent aux autres membres du comité l’évolution des ventes des dernières semaines, les rapports financiers ou les différents projets en cours, le tout en suivant un ordre du jour envoyé préalablement aux participants.

Cette année, les apprentis sont particulièrement affairés à contrer la baisse des ventes de plusieurs références de leur assortiment, qui en compte plus de cinquante. Et les jeunes ne manquent pas d’idées: vendre des portions plus petites, qui devraient davantage convenir aux ménages d’une à deux personnes, améliorer la présentation des produits dans le shop de Courtepin et, aussi, revoir certaines recettes. Le cordon-bleu Mazubi est l’une des premières spécialités à avoir connu une telle amélioration. «Nous avons décidé de travailler avec du jambon de la borne et un vacherin local pour donner un caractère régional au produit, que nous appelons maintenant cordon-bleu fribourgeois», explique la directrice. Ces prochaines semaines, l’évolution de ses ventes sera attentivement observée. 

Mazubi en bref

Mazubi fonctionne comme une entreprise indépendante au sein de Micarna. Elle possède son propre conseil d’administration et un actionnariat composé de l’ensemble des apprentis qui deviennent automatiquement membre de Mazubi. Comme toute société anonyme du groupe Micarna, Mazubi doit rendre des comptes lors des assemblées générales de Micarna. L’impératif de rendement est toutefois moindre que dans une SA étant donné que Micarna estime que les bénéfices sociaux, tels que les compétences acquises par les apprentis, ont ici davantage de valeur.

Une autre société Mazubi existe à Bazenheid (SG), sur l’autre site de production de Micarna et fonctionne sur le même principe. Les deux entreprises collaborent ponctuellement sur des projets communs mais restent indépendantes l’une de l’autre.

mazubi.ch (site en français en construction).

Pour chaque nouveau produit, de nombreux tests sont nécessaires. Le choix des ingrédients est ici particulièrement délicat: la présence de tomates fraîches dans telle recette ne va-t-elle pas trop diminuer le temps de conservation? Et l’ajout de ce jambon haut de gamme ne va-t-il pas rendre tel produit trop onéreux? Enfin, comment remplacer un allergène par une épice tolérée par le plus grand nombre? Autant de questions que les apprentis doivent se poser, discuter et trancher ensemble. 

Afin de ne pas se perdre dans les dédales du marketing, «chaque membre de la direction est suivi par une marraine ou un parrain. Ils nous aident à trouver la bonne voie. Avec ma marraine, Sabrina La Gioia, responsable de projet dans le domaine de la formation professionnelle chez Micarna, j’ai chaque semaine une séance de débriefing. Elle m’indique si j’ai bien réagi dans telle situation et ce que j’aurais pu mieux faire. Cela me permet de m’améliorer et me donne confiance en moi.»

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Thomas Marujo Fraga, 19 ans, responsable production chez Mazubi, apprenti boucher-charcutier CFC en 3e année chez Micarna.

«Faire partie du comité de direction chez Mazubi permet de tisser des liens entre différents apprentis d’autres professions. On doit beaucoup discuter pour développer le bon produit. Du coup, j’ai l’impression de me développer profession­nellement chaque jour. Je pense aussi que cette expérience sera un vrai plus dans mon CV.»

À ces compétences professionnelles, les apprentis peuvent encore ajouter la corde des compétences sociales à leur arc. Tous doivent apprendre à avancer des arguments, à écouter et à respecter l’avis d’autrui. Et si l’un des membres du comité ne rend pas un rapport dans les délais fixés ou s’absente sans en informer la directrice, des mesures peuvent alors être prises. «Ce n’est pas toujours facile de parler de ce genre de choses avec des gens qui ont mon âge, mais cela est parfois nécessaire.» Car oui, Mazubi est une entreprise comme une autre, avec ses succès à célébrer, mais aussi ses manquements à résoudre.

reportage à Micarna Fribourg, dans l'entreprise Mazubi, gérée par des apprentis, Courtepin,oct 2021

Cindy Gachet, 18 ans, directrice et responsable marketing chez Mazubi, apprentie employée de commerce en 3e année chez Micarna.

«Quand je suis arrivée chez Mazubi il y a trois ans, je sortais du cycle d’orientation et je n’avais pas l’habitude de parler en public. J’ai dû apprendre à prendre la parole, mener des séances, rappeler des collègues à l’ordre si besoin et gérer des imprévus. Les débuts n’ont pas été faciles mais je me sens à l’aise maintenant. Pour moi, le poste de directrice est le plus intéressant de tous, même si cela implique beaucoup de responsa­bilités.»

reportage à Micarna Fribourg, dans l'entreprise Mazubi, gérée par des apprentis, Courtepin,oct 2021

Loris Guisolan, 17 ans, vice-directeur et responsable des finances et de ­l’informatique chez Mazubi, apprenti informaticien en 3e année chez Micarna.

«Je suis d’un caractère plutôt timide et faire partie de Mazubi m’a obligé à aller vers les autres. J’ai aussi appris à être plus organisé. Avant, j’étais parfois chaotique dans ma manière de travailler. Pour moi, l’expérience est très positive et je vais postuler pour le poste de directeur l’année prochaine.»

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