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Société

Génération do-it

Boosté par la crise sanitaire, le faire soi-même est devenu une tendance lourde. Par goût pour la bricole, par souci écologique et pour le simple plaisir de reprendre sa vie en main. Témoignages de quatre habiles makers

Texte Patricia Brambilla et Sid Ahmed Hammouche
Photos Niels Ackermann
Faire tout soi-même est devenu une vraie tendance, et même une philosophie.

Faire tout soi-même est devenu une vraie tendance, et même une philosophie.

On les appelle des do-iteurs. Cette nouvelle espèce d’homo bricolus, qui tient aussi bien le pinceau que la scie à onglet. Sait changer un papier peint, poser une bande de calicot ou restaurer une vieille commode en meuble patiné hyper en vogue. Les do-iteurs (ou do-iteuses) se sont révélés lors du confinement de 2020. Leur devise: faire tout soi-même ou presque, recycler les matériaux qui peuvent l’être, prolonger la vie des objets, et surtout embellir son quotidien.

Sur la Toile aussi, les blogs de rénovation et les comptes Instagram de décoration d’intérieur ont fleuri comme des primevères sur une tapisserie. De l’élégante Sofia Clara au décroissant Barnabé Chaillot, en passant par la glamoureuse Andy, mannequin française convertie dans la déco d’intérieur, – sa chaîne youtube collecte plus de deux millions d’abonnés – on trouve toutes les inspirations possibles: du petit bricolage hype à la grande rénovation, comme faire un vase en carton texturé, repeindre ses toilettes ou carrément décaper un lavabo!

Le trend du do-it yourself (DIY) est bien là, semble parti pour durer, et se vérifie jusque dans les rayons des grandes surfaces. «Cette tendance a commencé pendant le lockdown de février 2020 et on en a encore profité cette année. Pour tout ce qui est revêtement de sols, murs, plafonds, le chiffre d’affaires à fin août a encore bondi de 20% par rapport à l’année dernière. On le voit dans tous les secteurs, jusque dans la literie !», observe Patrick Boos, chef de marché Obi, Do-it et Micasa à Migros Vaud. Qui ajoute: «Les gens, qui ne sont pas partis en vacances, ont vu leur pouvoir d’achat augmenter. Ils ont réinvesti cet argent dans la rénovation de leur appartement ou de leur maison. Cela correspond aussi à un besoin clair de bien-être. Depuis une année, le comportement des gens a changé. Beaucoup quittent la ville pour la campagne, ils veulent de la verdure, un espace extérieur. Et surtout se sentir bien chez eux, pour se ressourcer et se déstresser. Le nouveau trend, c’est le cocooning.»

Il y a dans ce retournement vers l’intérieur, comme un besoin de reprendre le contrôle sur sa vie, confisquée pendant plusieurs mois par la crise sanitaire. A cela s’ajoute le home office, qui a bouleversé les habitudes et donné l’occasion de voir tous les défauts du mobilier: «A cause du télétravail, beaucoup ont installé un coin bureau chez eux, ils se sont équipés de produits un peu plus haut de gamme. Les gens ont besoin de se sentir bien à la maison, surtout quand ils y passent toute la journée», commente Benoît Delbrouck, merchandiser chez Micasa à Genève. Qui précise encore que, depuis deux ans, les vendeurs reçoivent une petite formation en déco pour pouvoir mieux accompagner et orienter les clients, avides de conseils.

Dans la galaxie du do-it-yourself, on retrouve les mêmes codes qu’ailleurs, l’envie de bois naturels, le souci écologique, l’aspiration à la sobriété façon scandinave. D’où le succès des meubles palettes en matériau brut, emblèmes parfaits du recyclage, qui se vendent comme des petits pains. D’autant que, sans être un virtuose du pinceau, on peut les peindre et les personnaliser à volonté. «On en propose dans l’unité bricolage en quatre couleurs, blanc, brun, gris ou nature. On peut les customiser, ça ne coûte pas cher et cet objet, en vente depuis trois ans, marche vraiment de mieux en mieux», confirme Patrick Boos. 

Bon à savoir, pour les occasionnels de la perceuse, qui hésitent à acheter ce genre d’accessoires, il est toujours possible de les louer soit dans une bibliothèque d’objets (genre La Manivelle à Lausanne) ou même chez Obi, qui propose la location de divers outils, de la scie sauteuse à la débroussailleuse à partir de la demi-journée.  Il n’y a vraiment plus aucune raison de rester les bras croisés. D’autant que, d’après une enquête de l’ObSoCo (Observatoire des changements sociétaux à Paris), le faire soi-même procurerait du bonheur. Le DIY, mieux qu’un hobby, une vraie philosophie.

Adrien Waelti, bricoleur tout terrain.

Adrien Waelti, bricoleur tout terrain.

«J’aime détourner les objets»

  Adrien Waelti, 40 ans, économiste de formation, à Froideville (VD)

«J’aime le bois et l’électricité. J’ai déjà fabriqué une serre, une volière, un abri à vélos, des lits escamotables, une mezzanine autoportante pour mes enfants... Là je suis en train de construire une porte automatique pour le poulailler, avec des cellules photosensibles, pour qu’elle se ferme toute seule à la tombée du jour !

J’ai toujours bricolé d’abord avec mon père et puis tout seul. Rien ne me fait peur, je regarde comment font les autres et j’essaie. A 6 ans, je moulais des petites figurines en plomb, à 12 ans, je vendais des T-shirts et à 17 ans, je lançais ma petite entreprise informatique.

J’adore faire par moi-même, l’aspect économique fait partie de l’équation, mais n’est pas prioritaire. J’aime surtout détourner l’utilisation première des objets, construire une trappe d’escalier automatique avec un moteur de store, convertir des rails de lampe en gonds de portail… 95% de mes matériaux proviennent du recyclage, des objets que je récupère à la déchetterie ou ailleurs. Ma prochaine réalisation ? Construire un kota à la scandinave en pin autoclave pour abriter un jacuzzi dans le jardin. J’ai plein d’idées, je ne m’ennuie jamais. Dans mon garage, j’aurais tous les outils pour construire une maison entière !»

Saing-Cergue, Fabrice et Céline Golay. © Niels Ackermann / Lundi13

Saing-Cergue, Fabrice et Céline Golay. © Niels Ackermann / Lundi13

« Nous aimons bien remettre au goût du jour des anciennes techniques »

Celine Battiaz Golay, 36 ans, physiothérapeute et Fabrice Golay, 41 ans, collaborateur au Jardin botanique, Saint-Cergue (VD)  

 «Nous sommes des passionnés du faire soi-même. Nous avons acheté un chalet que nous avons rénové de fond en comble. Cela nous a permis d’économiser mais aussi d’apprendre plein de métiers,  de la plomberie à la peinture, sans parler de la maçonnerie. Nous sommes des «do-it-eurs» aguerris, même si nous avions déjà grandi dans une culture du bricolage et du fait maison.

Avec nos enfants, on aime bien fabriquer, rafistoler et créer des objets. C’est pratique et ludique à la fois et ça donne plus de saveur au quotidien. Nous avons, par exemple, réalisé une table basse pliable qui répondait exactement à nos besoins et à notre style. Avec le DIY, notre famille gagne beaucoup en temps, en énergie et en passion. 

Nous aimons bien remettre au goût du jour des anciennes techniques, travailler le cuir, le bois, souder, réaliser des manches de couteaux, retaper des appareils et surtout faire du sur mesure. Ce mode de vie est aussi source de fierté et de joie dès l’instant où l'on est content de l’objet bricolé. Nous sommes toujours à l’affût des produits difficiles à trouver, de techniques nouvelles. 

 Aujourd’hui, grâce à YouTube et internet, le savoir-faire est accessible. Le net regorge de sites et de blogs consacrés au DIY. L'inspiration vient souvent en regardant les autres, même des tutos de bricoleurs polonais, japonais, chinois. Nous faisons partie d’une génération qui veut réapprendre le savoir-faire avec nos mains et c’est pour cela que le do-it est magique.»

 

 

 

Yverdon,  Adeline Scherantz. © Niels Ackermann / Lundi13

Yverdon,  Adeline Scherantz. © Niels Ackermann / Lundi13

« Réaliser quelque chose de ses dix doigts augmente l’estime de soi »

Adeline Scherantz, 32 ans, Yverdon, Spécialiste en environnement, Yverdon (VD)   

«J’ai commencé le do-it lors de mes études en environnement à l’université de Genève. Avec un groupe d’étudiants, nous avons créé l’association DIY Geneva pour organiser des ateliers de bricolage afin de stimuler l’échange et la transmission de savoir-faire, actuels ou anciens, réparer, recycler et surtout retrouver du bonheur à faire des objets avec ses mains.

 Le do-it est aussi une sorte de connexion et de transmission intergénérationnelle, ou comment se réapproprier le savoir-faire de nos grands-mères et le remettre à notre sauce. Le bricolage apporte un sentiment d’authenticité et d’accomplissement. Réaliser quelque chose de ses dix doigts augmente l’estime de soi.  Loin de moi l’idée de culpabiliser sur la société de consommation ou sur l’environnement, mais le do-it est une manière d’agir, un moyen pour être plus autonome, plus éco-responsable.

Avec l’aide des réseaux sociaux, le DIY est devenu très tendance. Il se retrouve dans toutes les activités visant à créer, customiser, recycler des objets de la vie courante. Sincèrement, j’aime m’adonner à l'upcycling, ou «surcyclage» qui vise à faire du beau avec du vieux ou récupérer des éléments qui sont normalement des déchets. Dernièrement, j’ai fabriqué une table basse en offrant une seconde vie à une palette en bois. Réaliser des objets de ses mains, c’est magnifique. D’autant qu’ils ont toujours une touche personnelle. Je ressens même du plaisir créatif.  Aujourd’hui, le développement des fab-labs, des makerspace, des wiki, des tutos, des bibliothèques d’objets pour emprunter des outils, fait que le monde du bricolage attire de plus en plus de jeunes et de novices.»

Lexique du bricolage

 Do-It ou DIY : C’est-à-dire do it yourself ou faites-le par vous-même. Il y a aussi le DIT pour do it together ou le faire ensemble et le DIWO pour do it with others ou  faire avec les autres.       

Customiser : Adapter un produit en le personnalisant.   

Creative Commons: Faciliter l’utilisation de ses créations par d’autres, autoriser gratuitement leur reproduction et leur diffusion.    

Fab-lab ou Makerspace: Ateliers locaux ouverts à tous, où l’on peut louer, concevoir, modifier, personnaliser et fabriquer toute sorte d’objets.     

Hacker: de l’anglais hack, bidouiller, modifier et bricoler. 

Maker: désigne les artisans bricoleurs.     

Kits : Ensemble des pièces détachées constitutives d'un objet, vendues avec un plan de montage, et que l'on assemble soi-même.    

Staging : Transformer à moindres frais.    

Surcyclage ou Upcycling : Donner une nouvelle vie à un objet loin de sa première fonction, comme la transformation des palettes de manutention usagées en mobilier de jardin.    

Tutoriel ou Tuto : Guide d’apprentissage pratiques utilisant des supports divers (logiciel, vidéo, texte, images) et portant sur toutes sortes d'activités.   

Wiki : Système informatique de gestion de contenu participatif basé sur la libre contribution. 

Wikifab : Un mini Wikipedia du do-it. La plateforme regroupe des tutoriels allant de la décoration à la fabrication d’objet divers et variés  

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