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Futur

Comment mangerons-nous demain?

Si nous nous soucions de notre santé et de celle de la planète, nous devons changer nos habitudes alimentaires, affirme l’experte en alimentation Christine Schäfer. Elle dessine les contours de la nourriture du futur, des fermes verticales et parie sur la viande de laboratoire.

Texte Ralf Kaminski
Die Welt ist hungrig – aber können wir auch künftig genügend Lebensmittel für alle produzieren?

Le monde a faim – mais sera-t-il possible de nourri l’ensemble de la population?

Christine Schäfer, dans dix ans, un repas suisse typique sera-t-il très différent d’aujourd’hui?

Probablement, après tout, beaucoup de choses ont changé au cours des dix dernières années. De plus en plus de personnes attacheront certainement de l’importance à une alimentation saine et durable. Beaucoup mangeront nettement moins de viande, d’autant plus que les alternatives végétales continuent de s’améliorer.

À quelles autres évolutions vous attendez-vous?

Notre alimentation est de plus en plus personnalisée. Nous comprenons mieux ce qui est bon pour nous et ce qui l’est moins, car c’est très individuel. Il est donc tout à fait possible que chaque convive ait quelque chose de complètement différent dans son assiette lors du repas familial. Soit pour des raisons de santé, soit pour des raisons éthiques. C’est déjà partiellement le cas aujourd’hui. 

Comment nos habitudes devraient-elles évoluer pour que nous puissions manger sainement tout en nourrissant toute la population mondiale?

En Europe, nous devrions réduire considérablement notre consommation de produits d’origine animale, c’est-à-dire de viande, de lait, de fromage et d’œufs, mais aussi diminuer celle de sucre et d’alcool, et augmenter sensiblement la part de légumes, de fruits, de fruits à coque et de légumineuses.

Dans notre région du monde, pour beaucoup, manger est une question de plaisir. Aurons-nous les moyens de vivre ainsi à l’avenir?

En tant que membres de la communauté mondiale, nous ne pouvons déjà plus nous permettre notre mode de consommation actuel. Mais nous ne ressentons guère les conséquences de notre comportement jusqu’à présent, c’est pourquoi la pression du changement est faible. Mais je connais des personnes qui sont devenues plus réfléchies après cet été pluvieux, pendant lequel la Suisse a subi de gros dégâts dus aux orages. Elles se rendent compte que les répercussions peuvent aussi nous toucher ici et qu’elles ne concernent pas seulement des pays lointains. 

christine-schaefer

Notre experte

Christine Schäfer, 32 ans, chercheuse au Gottlieb Duttweiler Institute, analyse les transformations sociétales, économiques et technologiques en axant son travail sur l’alimentation, la consommation et le commerce.

En savoir plus: gdi.ch/eftr21

 

Nous avons de la nourriture en abondance, pourtant nous ne sommes pas pour autant en si bonne santé...

Nous influençons, par le biais de notre alimentation, la prolifération de certaines bactéries intestinales et la non-prolifération d’autres. La comparaison d’échantillons de selles a montré que notre intestin contient moitié moins de microbes différents par rapport aux cultures qui vivent près de la nature. Cet appauvrissement est dû à l’agriculture industrialisée, à l’utilisation de pesticides et au recours excessif aux antibiotiques. Conséquence: les microbes qui seraient importants pour notre bien-être disparaissent.

Les microbes ont-ils vraiment une telle influence sur nous?

Oh oui! En fait, chacun de nous est un écosystème pour des milliards de microbes. Sans eux, nous ne pourrions pas survivre. Les microbes contrôlent notre métabolisme, notre système immunitaire et d’autres fonctions corporelles de base. Mais ils influent également sur notre bien-être psychologique.

De quelle manière?

La plupart des microbes sont situés dans l’intestin, où ils produisent en permanence des neurotransmetteurs, dont la sérotonine, l’hormone du bonheur. Si ces substances se raréfient ou sont absentes en raison de la diminution de la diversité des microbes, cela peut entraîner une dépression ou un autre stress psychologique. Ces liens ne sont pas encore très bien étudiés, mais on suppose que certaines des maladies modernes, comme les allergies, le diabète, l’obésité ou la maladie de Parkinson, peuvent également y être rattachées. 

Nous avons donc la possibilité de favoriser les «bons» microbes: il nous suffit de manger en conséquence?

En théorie, oui, mais pour beaucoup, cela impliquerait de changer fondamentalement de régime alimentaire. Et ce n’est pas facile, il faut de la discipline et de la persévérance. En outre, il est très important de savoir ce qui est le mieux pour soi-même. Pour moi, l’idéal serait peut-être de manger plus de carottes, alors que vous pourriez avoir intérêt à miser sur les betteraves. 

Pour un microbiome sain

Notre écosystème microbien est si diversifié qu’il fonctionne comme une sorte d’empreinte ­digitale: il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Les aliments qui sont bons pour nous et en quelles quantités n’ont pas encore fait l’objet d’études suffisantes en raison de la diversité des microbes. Cependant, il existe quelques règles de base pour un microbiome sain qui, selon les ­recherches actuelles, s’appliquent à presque tout le monde:

 

Ce qui fait du bien 

1. Manger autant de fibres que possible (différents types de ­légumes et de fruits, produits complets, fruits à coque, ­légumineuses).

2. Consommer des aliments ­fermentés comme le yogourt, le lait caillé, le fromage au lait cru ou la choucroute.

3. Passer beaucoup de temps dans la nature et s’autoriser le contact direct avec la saleté et la boue.

4. Vivre avec des animaux.

5. Veiller à dormir suffisamment.

6. Intégrer l’exercice physique dans sa vie quotidienne.

 

Ce qu’il faut éviter

1. Manger beaucoup de sucre et d’édulcorants.

2. Consommer des aliments transformés et des produits prêts à l’emploi.

3. Manger souvent de la viande.

4. Prendre immédiatement des antibiotiques et d’autres médicaments pour tout symptôme.

5. Ignorer le stress et ne pas prendre de temps d’arrêt.

6. Appliquer des principes d’hygiène excessifs (hors pandémie, il n’y a aucune raison de se désinfecter les mains au quotidien).

Aujourd’hui déjà, 930 millions de personnes ne mangent pas à leur faim. Comment cela se fait-il?

En théorie, la production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir tout le monde, mais elle ne se trouve pas toujours au bon endroit au bon moment. Il s’agit donc principalement d’un problème de distribution. Ce qui entraîne la faim pour certains, entraîne l’obésité et le gaspillage alimentaire pour d’autres. À cela s’ajoutent les mauvaises récoltes dues au changement climatique ou les produits avariés en raison d’une chaîne du froid interrompue ou d’autres problèmes logistiques.

Pourrait-il être difficile, à un moment donné, de produire assez de nourriture à l’échelle mondiale, au vu de l’augmentation de la population et du changement climatique?

Oui. Avec le réchauffement de la planète, les terres agricoles vont se déplacer. Dans certains endroits, il ne sera plus possible de cultiver quoi que ce soit ou il faudra compter sur d’autres choses. Cela va changer beaucoup de choses et rendre la situation alimentaire encore plus difficile dans certains pays à forte croissance démographique. Mais même dans ce cas, il serait possible de nourrir tout le monde, mais pas si de plus en plus de personnes dans le monde mangent comme nous le faisons aujourd’hui. 

Quelle sera la difficulté en Europe?

Les changements ont déjà commencé. Cette année, en raison de conditions météorologiques extrêmes en Suisse, il n’y a pratiquement pas eu d’abricots du Valais et de nombreux domaines viticoles enregistrent de très faibles récoltes. Et les vins du sud de l’Europe deviennent plus lourds et plus sucrés, tandis que les régions du nord deviennent soudainement des zones de culture intéressantes. De telles délocalisations seront de plus en plus fréquentes à l’avenir. 

Combien de personnes cela pourrait-il affecter?

Aujourd’hui, seul 1% de la surface terrestre est inhabitable; d’ici 50 ans, ce chiffre pourrait atteindre 19% si nous ne maîtrisons pas le changement climatique. Nous pourrions assister au plus grand mouvement migratoire jamais connu; dans l’hémisphère Nord, les populations se déplaceront du sud vers le nord.

Comment la production alimentaire devrait-elle changer pour qu’il y ait assez pour tout le monde?

Grâce aux nouvelles technologies, la production peut gagner en efficacité, par exemple grâce à des capteurs dans le sol ou à l’utilisation de robots et de drones. De cette manière, le sol peut être cultivé de façon plus précise: on sait exactement où il faut plus d’eau, où il faut plus d’engrais et où l’on peut déjà -récolter. Les techniques de génie génétique pourraient également être utiles, mais elles restent controversées. On pourrait aussi produire dans les villes dans des fermes verticales dans lesquelles les plantes poussent vers le haut dans des solutions nutritives sur plusieurs niveaux au lieu d’une surface dans le sol. Les salades ou autres pourraient être ainsi produites. 

Et la viande devrait à l’avenir provenir du laboratoire plutôt que des fermes?

On y travaille dans le monde entier. Au final, plus aucun animal ne devrait mourir: une seule cellule souche serait prélevée et des cultures cellulaires seraient développées à partir de celle-ci dans des solutions nutritives pour donner une viande tout aussi «authentique» que celle d’une vache ou d’un poulet. 

Mais pourra-t-elle jamais être produite à un prix suffisamment bas?

C’est vrai qu’il y a encore du pain sur la planche, mais l’expérience montre que les nouvelles technologies deviennent moins chères avec le temps. Le premier hamburger de laboratoire coûtait en 2013 une somme à cinq chiffres, aujourd’hui celle-ci n’a plus que deux chiffres. Et il faudra certainement attendre quelques années avant que cette viande ne soit disponible chez nous.

Cette viande fonctionnerait-elle auprès du grand public?

En fin de compte, beaucoup de choses dépendent du plaisir, du prix et d’un effet d’accoutumance. Dans un premier temps, ces produits seront probablement disponibles dans les restaurants; c’est ainsi que le public les découvrira pour la première fois. S’ils sont ensuite repris par les chaînes de restauration rapide, ils atteindront aussi le marché de masse, comme cela a été le cas pour les hamburgers végétaliens ces dernières années.

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