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Culture

Festival d’incertitudes

S’adapter ou rien… Telle est la devise des grands rendez-vous musicaux romands de l’été 2021. Afin d’être compatibles avec les restrictions sanitaires, certains mettent en place de nouvelles formules digitales pendant que d’autres envisagent de revoir la taille de l’événement. D’autres encore se voient contraints de repousser leur manifestation ou de simplement l’annuler.

Texte Nadia Barth
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Adieu foule: en 2021, Paléo va drastiquement réduire sa jauge, passant de 50 000 festivaliers par soir à 5000, pour autant que les conditions sanitaires le permettent (photo: Keystone - sda - ats).

Pourrons-nous ressortir nos bottes de pluie cet été pour aller au Paléo Festival ou écouter nos artistes préférés sur les scènes du Cully Jazz Festival ou du Montreux Jazz Festival? Peut-être, mais avec la situation sanitaire et son lot d’incertitudes, la forme de ces grands rendez-­vous musicaux reste encore vague. Alors que certains tels que le Paléo Festival changent leur formule ou passent vers un ­modèle qui mêle événements live et projets digitaux, comme le Montreux Jazz Festival, d’autres ont déjà décalé la tenue de leur ­manifestation. «La 39e édition du Cully Jazz Festival n’aura pas lieu au printemps, mais, on l’espère, en été – du 20 au 29 août 2021 – explique Jean-Yves Cavin, directeur artistique du festival. Nous avons aussi décidé d’en réduire fortement l’envergure.» Alors que le rendez-vous musical accueillait jusqu’à 70 000 amateurs de jazz sur neuf jours les années fastes, on pourrait s’attendre à une réduction de 1000 personnes par jour en 2021. Et côté ­programmation, c’est encore le flou: «Pour le moment, nous n’avons pris quasiment aucun engagement, c’est encore trop tôt.»

Regarder vers l’avenir

À Festi’neuch en revanche, pas de plan B ou d’événement repoussé: «Nous avons décidé lundi 15 février d’annuler l’édition 2021, commente Aude Ratzé, responsable communication du festival. C’est difficile, car on sait que l’on fait beaucoup de déçus, mais c’est en même temps un soulagement, car cette décision nous libère de l’incertitude.» Il faut dire que, contrairement à d’autres événements culturels, Festi’neuch est autofinancé à 96% et tire donc l’essentiel de son bénéfice de la vente de billets. Un aspect qui a lourdement pesé dans la balance à l’heure où il a fallu choisir entre l’annulation des festivités et la tenue de l’événement sous une forme réduite. «On n’a pas trouvé de solution qui soit compatible avec le modèle économique du festival, c’est pourquoi on a fait le choix de ne pas mettre en péril l’avenir de l’événement.»

Migros soutient les artistes

Ghost Festival ou le soutien aux artistes locaux: Slimka, Billie Bird, Annie Taylor… Pas moins de 300 artistes apparaissent sur l’affiche du Ghost Festival, une manifestation fictive dont le principal partenaire est Migros. Le but? Soutenir les musiciens suisses grâce à une vraie billetterie en ligne. Depuis le 11 janvier, le public peut ainsi acheter des pass de soutien, allant de 20 à 100 francs. L’argent récolté sera ­ensuite intégralement reversé à tous les artistes participants.

ghost-festival.ch

 

m4music, festival de pixels: pour sa 24e édition, m4music, organisé par le Pour-cent culturel ­Migros, sera entièrement virtuel. Les fans pourront donc bénéficier d’un programme gratuit et librement accessible du 24 au 26 mars. Musique, ­ateliers, remise de prix… Le rendez-vous le plus important de la scène musicale indépendante de Suisse s’annonce riche en émotions.

m4music.ch

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Daniel Rossellat, directeur du Paléo Festival (photo: DR).

Daniel Rossellat, à quoi ressemblera le festival cette année?

Il sera inédit. Nous travaillons aujourd’hui sur le 45e Parallèle, un événement unique, qui proposera musique, expériences et découvertes. Si les conditions sanitaires le permettent, l’idée est d’avoir un village de 5000 visiteurs par jour au lieu de 50 000, du 8 juillet au 8 août. On aurait alors deux scènes couvertes avec des places assises et numérotées, mais aussi une place du village avec des restaurants, des bars, des terrasses où l’on pourrait respecter les règles de distanciation tout en étant dans la convivialité et en gardant l’esprit Paléo. Enfin, pour être corona-compatibles, on s’est basés sur les règles qu’on a connues en septembre avec une ­détente des mesures.

Pourquoi le 45e Parallèle?

La 45e édition du Paléo Festival devait être fêtée en 2020. Comme cette dernière a été reportée à l’été 2021, c’est donc d’une autre manière qu’on espère faire vivre cette édition jubilaire à notre public, soit le 45e Parallèle. Pour l’anecdote, il semble que le 45e parallèle serait la latitude idéale des grands vins du monde et qu’il ­serait possible de faire pousser de la vigne sur la ­quasi-intégralité de cette dernière.

Et si les mesures restent strictes, que ferez-vous?

On aurait alors le plan L, soit un plan encore plus léger. Pour le moment, ce n’est pas le scénario privilégié, mais on le prépare également, afin de pouvoir s’adapter selon l’évolution de la situation. Et on a un dernier scénario, qu’on a appelé K, comme «Katastrophe» en allemand. C’est un plan où tout le monde serait au chômage, c’est donc le pire scénario. Il y aurait alors le risque que certaines personnes s’en aillent – les jeunes notamment – puisqu’elles sont depuis près de deux ans sans activité. Ce ne sont pas des perspectives réjouissantes.

Pour l’instant, il subsiste encore des incertitudes…

Oui, l’incertitude à différents niveaux d’ailleurs: sur le nombre d’artistes qui seraient d’accord de jouer le jeu dans des circonstances différentes, des incertitudes sur la réponse des spectateurs aussi… Selon les mesures sanitaires, le public sera variablement enthousiaste. Si des passeports  vaccinaux ou des tests à l’entrée devaient nous être imposés, cela pourrait en décourager beaucoup. D’autant plus que notre public n’est pas dans la catégorie considérée comme prioritaire pour le vaccin.

Quelle est la moyenne d’âge de vos festivaliers?

Nous accueillons un public intergénérationnel, avec un cœur de cible entre 16 et 35 ans. Par conséquent, si l’on ne peut pas proposer de concerts debout, il y a toute une partie du jeune public, celle qui aime bien le hip-hop ou la musique électronique, qui aura plus de peine à s’y retrouver. On doit donc réfléchir à la fois à ce que l’on peut proposer à ce jeune public et à diversifier notre offre pour en toucher un nouveau: c’est l’occasion de proposer des spectacles un peu différents pour les enfants par exemple, avec un public plus familial, de l’humour ou même des musiques plus folkloriques ou classiques.

Financièrement, comment se porte le festival?

Pour l’année 2020, on a la chance d’avoir pu compter sur les soutiens de la Confédération et du canton, mais aussi sur la solidarité de nos partenaires et sponsors. Pour l’instant, on n’a pas une très grande ­visibilité sur les aides possibles en 2021, mais on espère pouvoir compter sur le soutien des autorités.

Vous nous disiez l’an passé que Paléo n’était pas ­annulé mais reporté. La programmation 2020 tient-elle toujours aujourd’hui?

Oui, un bon nombre d’artistes programmés sont prêts à venir. Malheureusement, avec ce nouveau plan, la venue de Céline Dion n’est plus envisageable. Mais nous sommes en discussion avec elle pour un report de son concert, et les billets resteraient bien entendu valables pour la nouvelle date.

Peut-on dire qu’il y aura un avant et un après Covid?

Personne ne peut prédire l’avenir. Mais ce qui est certain, c’est que l’humain est un animal social et que la convivialité réelle est nécessaire. On ne peut pas télécharger l’expérience Paléo ni la faire par Zoom. Si les concerts ou diffusions en streaming peuvent être pertinents pour certains événements, cela ne correspond pas à l’ADN du festival. L’émotion d’un concert est beaucoup plus intense avec une foule. Pour moi, voir un concert sur un écran est prodigieusement ennuyeux. Je pense donc qu’il y aura un besoin de revenir au réel et que la culture va retrouver sa place. 

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