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Vaccination

Neuchâtel organise sa lutte contre le Covid

Le 3 février 2021, Neuchâtel a inauguré son centre de vaccination aménagé dans une vaste tente aux abords du stade de la Maladière. Après une montée en puissance progressive, il verra passer 960 personnes par jour.

Texte Pierre Wuthrich
Photos Matthieu Spohn
Centre de vaccination Covid-19 Neuchâtel

Le centre de vaccination de Neuchâtel, d'une surface de 1000 m2 environ, a été construit sur l'esplanade du stade de la Maladière.

À Neuchâtel, comme dans d’autres villes d’ailleurs, le quartier de la Maladière doit son nom aux maisons des pestiférés que l’on bâtissait loin des cités, dès le XIVe siècle, afin de contenir les contagions. Aujourd’hui, le tissu urbain du chef-lieu a depuis longtemps atteint cette zone autrefois reculée et – ironie du destin – le site n’accueille plus des malades, mais au contraire des personnes qui ne souhaitent pas le devenir. En effet, depuis le 3 février, à 13 heures précises, un centre de vaccination Covid-19 a ouvert ses portes aux pieds du stade – de la Maladière, donc.

«La Ville ne disposait pas de locaux vides pour aménager un tel centre, nous avons donc dû le construire de toutes pièces», explique Julie Reynaud, cheffe de projet vaccination Covid-19 pour le canton de Neuchâtel, peu avant l’ouverture officielle. En trois semaines, une grande tente est ainsi sortie de terre et a été aménagée afin d’accueillir les visiteurs avec un maximum de confort. Chauffage, toilettes avec arrivée d’eau, wifi, ici rien ne manque. «Pour la construction, nous avons pu compter sur le savoir-faire de l’équipe technique du festival Festi’neuch, actuellement à l’arrêt.»

Quant à l’emplacement même du site, il ne doit rien au hasard. Facilement accessible par les transports publics, il dispose aussi d’un parking pour les personnes à mobilité réduite et se situe à proximité immédiate de deux hôpitaux. «Nous avons aussi en tout temps un médecin sur place qui supervise les vaccinations, poursuit Julie Reynaud. Et une équipe de secouristes se tient prête à toute éventualité.»

Les injections, elles, sont du ressort du réseau Nomad (Neuchâtel Organise le Maintien à Domicile) dont le personnel soignant a été spécialement formé. «Nous ne travaillons ici qu’avec le vaccin Moderna. S’il est un peu plus facile à conserver que le Pfizer, il est tout aussi sensible pour ce qui est de la manutention. Ainsi, les fioles ne doivent pas s’entrechoquer, et il ­demande une grande économie de mouvements. Nous ne pouvons pas le transporter à travers tout le centre.» 

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Il s’ensuit une organisation des flux hautement réfléchie entre le laboratoire sis sous le chapiteau et l’espace réservé au public, un cheminement se composant d’une salle d’attente, d’une zone d’accueil, de quatre unités de vaccination accueillant chacune vingt personnes par heure à la fois et des cabines de repos.

À quelques minutes de l’ouverture, l’ensemble ressemble encore à une fourmilière. Alors qu’une femme passe l’aspirateur, une autre répartit derrière une dizaine de bureaux l’équipe chargée d’accueillir les premiers Neuchâtelois. Plus loin, des astreints à la Protection civile sont briefés. Ce sont eux qui seront chargés de la désinfection de chaque coin et recoin de la tente.

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Julie Reynaud, cheffe de projet vaccination Covid-19 pour le canton de Neuchâtel.

«Quand nous aurons atteint notre rythme de croisière, nous effectuerons 960 injections par jour, soit 4800 au maximum par semaine.» Mais dans un premier temps, le centre ne prévoit d’accueillir – sur rendez-vous uniquement – que les personnes hautement vulnérables. C’est le cas de Marianne, 86 ans, qui arrive justement avec sa fille alors que sonnent 13 h. «Je suis soulagée de pouvoir être vaccinée. Cela va me protéger. Vous savez, si j’attrape cette maladie, il y a de forts risques que je ne survive pas.»

Au fur et à mesure que des gens arrivent dans la salle d’attente, d’autres la quittent déjà, appelés par le personnel soignant. Le tout se déroule dans la plus grande sérénité. Comme si ce centre avait toujours été ouvert. «Nous avons pu bénéficier des expériences faites à Cernier (NE) où nous avons ouvert un premier espace de vaccination. Par ailleurs, nous avons des contacts étroits avec l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et certains cantons, comme celui de Fribourg. Cet échange d’informations et d’expériences est très précieux pour la mise en place d’un tel centre», précise Julie Reynaud.

Alors que dehors le bruyant test des sirènes, traditionnel en ce premier mercredi de février, plonge soudainement le centre dans une ambiance de film de science-fiction, Marianne, que nous retrouvons en zone de repos, nous ramène à la réalité. «Tout s’est très bien passé», lance-t-elle en levant son pouce. Si elle ne portait pas un masque FFP2, parions que nous pourrions voir un large sourire sur son visage.

Claude-François Robert, médecin cantonal neuchâtelois

Claude-François Robert, médecin cantonal neuchâtelois.

«Un dispositif sanitaire sans équivalent dans l’histoire suisse»

Claude-François Robert, médecin cantonal neuchâtelois, se montre confiant quant aux effets positifs des ouvertures de centres de vaccination, mais refuse de crier victoire.

Claude-François Robert, l’ouverture d’un tel centre de vaccination marque-t-elle le début de la fin de la pandémie?

Je préfère rester très prudent, car ce virus ne cesse de nous surprendre et nous avons vu par le passé que tout pouvait changer très vite. Cela dit, l’arrivée des vaccins est une chose rassurante.

Les centres de vaccination se multiplient en Suisse, mais les vaccins, eux, se font rares. Cela doit être frustrant…

Vous savez, il faut être réaliste. Nous sommes en train de mettre en place un dispositif sanitaire qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire de notre pays. Qu’il y ait des ruptures d’approvisionnement me semble normal. Nous nous adaptons et gardons le cap, à savoir vacciner 90 000 personnes dans le canton de Neuchâtel d’ici début juillet.

Dans les classements cantonaux, Neuchâtel est plutôt en queue de peloton. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné jusqu’à présent?

Cette course au nombre de personnes vaccinées relève plus de l’hystérie -médiatique que d’une question de santé publique. Et puis, il est vain de vouloir comparer ce qui n’est pas comparable. À Neuchâtel, nous avons toujours dit que nous allions réserver des doses pour les personnes ayant eu une première injection. Il était normal que nous ayons des fioles disponibles. Le plus important est que nous respections notre plan de route. Ce que nous faisons avec une nouvelle étape: depuis la fin de la semaine dernière, tous les résidents d’EMS qui le souhaitaient ont reçu une première dose.

On note un réel engouement de la population pour la vaccination au point que les places disponibles sont rares. Cela vous a-t-il étonné?

Les gens sont raisonnables et savent qu’on a de très bons vaccins avec très peu d’effets secondaires. Ils comprennent aussi la gravité de la situation. Quand on a 150 lits occupés par des personnes ayant le même diagnostic sur un total de 350, comme ce fut le cas un temps à Neuchâtel, il est facile de saisir que nous traversons une crise sans précédent.

Les personnes qui ont reçu deux doses de vaccin pourront-elles vivre comme en 2019?

Il est très vraisemblable qu’il faudra adopter encore un certain temps les gestes barrières, car nous ne savons pas précisément si une personne ayant reçu le vaccin Pfizer ou Moderna peut transmettre le virus. Mais les connaissances s’affinent chaque semaine. Concernant l’AstraZeneca, une étude récente a montré que le risque de transmission pouvait diminuer de 70%. C’est une très bonne nouvelle.

 

Informations sur la vaccination: ne.ch (pour le canton de Neuchâtel) et bag.admin.ch (site de l'Office fédéral de la santé publique).

 

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