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Insolite

De la laine, oui, mais de chien

La Valaisanne Lucie Moix confectionne sur son rouet des pelotes à partir de poils canins. Une démarche qu’elle revendique avant tout «émotionnelle».

Texte Laurent Nicolet
Photos Sedrik Nemeth
«Maya» a été une source d’inspiration pour ­sa patronne.

«Maya» a été source d’inspiration pour ­sa patronne.

Lucie Moix file. Mais pas du mauvais coton: de la laine de chien. Dans son chalet d’Aven, au-dessus de Conthey (VS), elle explique, assise devant son rouet, que les chiens, longtemps elle a détesté ça. Jusqu’au jour où elle devient elle-même propriétaire d’une chienne issue d’un croisement entre un golden retriever et un samoyède: «Lors d’un brossage pendant la mue, j’ai vu la quantité de poils que Maya perdait, ça faisait des nuages.» Curieuse de nature, elle s’informe: «J’ai découvert que la laine de chien existait depuis des milliers d’années, que les tribus de l’Arctique, n’ayant pas de moutons ni d’autres animaux de rente, confectionnaient leurs habits avec la laine de leurs chiens de traîneau.»

Les tribus salish par exemple, au nord du Canada, possédaient «un chien aujourd’hui éteint, un genre de spitz, expressément utilisé pour faire de la laine». Ou encore les Nénètses en Russie qui font des manteaux en laine de chien ainsi que des ceintures abdominales contre les rhumatismes. «Ce qui est sûr, c’est que la laine de chien est plus chaude que la laine de mouton.»

Un souvenir original

Une idée et une envie sont alors venues à la Valaisanne: «avoir un bonnet de mon chien». L’affaire aurait dû s’arrêter là, mais le bonnet confectionné a été vu et Lucie Moix a commencé à être sollicitée, surtout depuis la­ création d’une page Facebook.

Désormais, on lui apporte des sacs ou des cartons remplis de poils qu’elle va carder puis filer et transformer en pelotes. «C’est une démarche très émotionnelle où la personne veut un souvenir de son animal. Elle ne va pas forcément se tricoter un pull.» La fileuse confectionne aussi, à partir de la laine de chien, une peluche ou un cœur.

Il peut ainsi arriver qu’on lui confie les poils d’un animal disparu: «Je suis en train de filer sur mon rouet la laine d’un chien décédé l’année passée. Sa patronne avait collectionné les poils au fil des années, ayant entendu parler de la tradition de la laine de chien mais sans trouver quelqu’un qui la pratiquait. Quand elle a entendu ­parler de moi, elle me les a ­envoyés.»

Lucie Moix explique ainsi que certaines personnes trouvent «plus sympa d’avoir comme souvenir de leur animal un petit cœur en laine ou une ­petite pelote plutôt qu’une urne de cendres posée sur la cheminée».

Tous les chiens ne sont pas égaux devant la laine: ceux qui donnent la meilleure sont ceux qui ont «un sous-poil abondant, comme les leonberg, les patous, les eurasiers, les golden retrievers, les samoyèdes». C’est en ­effet le sous-poil, sorte de «duvet qui ressemble à du coton très dense», qui est récolté pour la laine et sera filé, et non le poil de couverture.

Le bonheur au poil

C’est ainsi que «la qualité du brossage donne la qualité de la laine. Si l’on y joint beaucoup de poils de couverture, la laine obtenue peut piquer.» Lucie Moix préconise d’utiliser un peigne ou des cardes et de brosser le chien «sur le flanc, le dos, le poitrail, mais pas les cuisses, la queue ni la culotte où la densité de poils de couverture est particulièrement forte». De toute façon, le brossage du chien «fait partie de son bien-être. Un chien avec plein de nœuds et de poils emmêlés se sentira mal.»

Mieux vaut cependant ne pas trop se presser: «En se disant qu’on va brosser à fond le chien pour obtenir le plus de laine ­possible, on risquera surtout de ramasser beaucoup de poils de couverture.» Même si tout cela peut varier d’un chien à l’autre et dépendre beaucoup de l’entretien et de la nourriture: «moins un animal est stressé, mieux il se porte et plus son poil sera beau».

Lucie Moix, organise aussi chez elle des ateliers pour ­permettre aux gens d’apprendre à filer eux-mêmes la laine de leur animal. Enfin, à une question qu’on lui pose souvent, elle ­répond que «non cette laine ne sent pas le chien, pas plus que la laine de mouton ne sent le mouton ni le mohair la chèvre».

En savoir plus: www.facebook.com/lucie.moix

Gare aux mites

  • Tirer de la laine d’une race à poil court, c’est possible, explique Lucie Moix, «mais je dois couper avec une autre laine plus longue, de mérinos ou d’alpaga. Pour filer, il est ­impératif d’avoir un fil d’au moins deux centimètres et demi». Enfin, même si évidemment les jeunes chiens perdent aussi des poils, une qualité optimale de laine ne sera obtenue qu’à partir d’une année et demie.
  • Une fois lavée, débarrassée de ses fibres et débris, la laine perd environ 20% du poids brut initial. Il faut ainsi 60 grammes de poils à Lucie Moix pour confectionner une pelote de 50 grammes. Avec quatre ­pelotes, «on va pouvoir se tricoter une écharpe, un bonnet ou un petit châle».
  • Pour se faire une idée, «dans un cabas en papier Migros, on va pouvoir mettre à peu près 200 grammes de poils. Il est important de ne pas tasser et utile de rajouter un petit coton imbibé d’huile essentielle de ­lavande ou de cèdre, parce que si ça ne craint plus les puces, ça craint en revanche les mites.»

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