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Reportage

Au service des seniors à quatre pattes

Au cœur de la campagne fribourgeoise, à Vaulruz, se niche un pimpant havre de paix destiné aux chiens et chats âgés ou handicapés: l’Oasis des Vétérans.

Texte Véronique Kipfer
Photos Christophe Chammartin
China devant le refuge

Devant le bâtiment, des niches colorées accueillent les pensionnaires de petite taille, dont China, un adorable Papillon.

Lorsqu’on arrive devant la haute grille de l’entrée, inutile d’appeler: une dizaine de boules de poils se chargent de ­japper de concert avec enthousiasme pour annoncer notre présence. On franchit ensuite deux sas grillagés. Mais ici, c’est davantage pour protéger les pensionnaires du lieu que les visiteurs… Car l’Oasis des Vétérans, à Vaulruz (FR), a pour mission  d’accueillir tout chien ou chat âgé et/ou handicapé qui a été abandonné. «Marina Tami, la fondatrice, a créé le refuge au Tessin en 2004, avant de déménager en 2006 puis de le transformer en association à but non lucratif, raconte Michaël Pacella, responsable administratif. Elle voulait permettre aux chiens âgés d’avoir une fin de vie digne et agréable.»

Chaque protégé possède sa triste histoire d’abandon: propriétaire décédé naturellement, accidentellement ou alors parti en maison de retraite, famille qui n’est plus capable de gérer son lourd handicap – ou alors qui n’en veut simplement plus. Ces canidés de toutes tailles et de toutes races, âgés de 8 ans et plus, trouvent au refuge l’attention et les soins nécessaires, «et l’occasion d’avoir encore de belles années à vivre». Car le but est que la majorité des animaux en bonne santé puissent être à nouveau adoptés et chouchoutés. Premières intéressées par l’idée: les personnes âgées, qui  recherchent un compagnon à quatre pattes paisible et qui les pousse à sortir. «Mais elles ne veulent pas avoir la charge d’un animal durant dix à quinze ans. Et leur inquiétude récurrente est que leur chien leur survive», souligne Serge Baumann, responsable des gardiens d’animaux et l’un des neuf professionnels qui assurent une présence sur place en tournus, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Une ambiance bénéfique à tous

Une nuée de petits chiens nous accueille
Une nuée de petits chiens nous accueille

Tout en parlant, nous observons les lieux avec curiosité: devant nous, une magnifique ferme fribourgeoise aux façades blanches et aux volets bleus, décorée de poyas. Et dans la vaste cour, à droite, une dizaine de niches peintes de couleurs vives – et pour l’instant partiellement enfoncées dans la neige: «C’est le territoire 
des chiens de petite taille, explique Michaël Pacella. Mais en hiver, ils ­préfèrent passer une grande partie 
de la journée dans la maison, devant le poêle!» Pour l’instant néanmoins, curieuse et affairée, une douzaine d’entre eux – chihuahuas, yorkshire, etc. – slalome entre nos jambes. ­Masqués comme nous le sommes, il s’agit de rester attentifs pour ne pas les bousculer. Et de ne pas trop les admirer, sous peine de craquer très vite devant leurs grands yeux humides et leur bouille sérieuse… «Pour l’instant, aucun de ceux-ci n’est à adopter, s’amuse Michaël Pacella. Plusieurs sont à nous, parce qu’il est difficile 
de résister quand on travaille ici. Et les autres sont trop handicapés ou peureux pour être placés.» Il nous ­désigne ainsiAdi et Ada, qui sont aveugles, et Diana, qui a les deux pattes arrière paralysées: «Elle ne marchait pas du tout en arrivant ici, mais elle arrive maintenant à se ­déplacer. Contrairement à un chien seul à la maison, qui ne bouge pas beaucoup, il y a tant de vie ici que cela crée une émulation bénéfique pour tous.» Quant au joli teckel noir Ebène, «elle est très attachée à Diva et Elfie, des chiens d’élevage qui ne se laissent pas approcher tant ils ont été maltraités. On ne veut donc ni les séparer ni les donner.»

Des chiens de toutes races

Serge Baumann et Chili
Serge Baumann et Chili

De l’autre côté du bâtiment, un vaste terrain accueille sept enclos destinés aux grands chiens. Dans chacun, un bungalow, lui aussi peint de couleurs vives, permet aux occupants des lieux de passer la nuit bien au chaud et à l’abri. Milka et Finette, les labradors chocolat et noir de 10 ans, se prêtent avec plus ou moins de bonne volonté au jeu de la photo, avant que Chili, 8 ans, ne pose à son tour: «C’est un berger du Caucase, une race ­magnifique mais qui n’a rien à faire en Suisse. Car c’est un chien de garde et de troupeau, qui est très protecteur avec la famille qui l’adopte: si quelqu’un passe, il peut devenir ­dangereux. Celui-ci était gardé en ­appartement et aboyait dès que quelqu’un passait devant la porte. La présidente en récupère dès qu’elle peut, mais nous ne les donnons pas, par sécurité», explique Michaël Pacella. 

Un couple est en train d’admirer un bouvier bernois et désire l’adopter. «Il vient d’arriver et n’est pas encore passé chez le vétérinaire pour un check-up complet, les avertit le responsable ­administratif. On y va lundi, il faudra revenir après.» –«On ne peut pas le prendre déjà avec nous et revenir  lundi?», plaide l’homme. – «Non, on ne veut pas courir de risques.Imaginez qu’il soit très malade, qu’est-ce que vous feriez avec lui durant ces prochains jours?» Si les gens qui amènentles chiens sont censés donner un maximum de renseignements sur eux, «ils disent ce qu’ils veulent et c’est à nous de découvrir le reste…», constate Serge Baumann, qui affirme remarquer très vite la manière dont l’animal a été traité auparavant. Un examen chez le vétérinaire permet aussi de faire le point sur sa santé, afin que les futurs propriétaires puissent ensuite s’en occuper de manière adéquate.

Un musée bien caché

Un os XXL en cadeau
Un os XXL en cadeau

Si adopter un animal âgé présente des avantages, cela signifie aussi faire attention à sa condition physique, parfois fragilisée. Ainsi, dans l’espace intérieur réservé aux grands chiens, une guirlande de billets punaisés ­permet de connaître le régime spécial de chacun. À côté, sur la table, un os gigantesque orné d’un joli nœud rouge: «C’est un cadeau qui vient de nous être livré!», rit Serge Baumann, avant de nous escorter en haut, dans l’immense grenier transformé en ­musée. Contre les murs, des dizaines de tableaux, photos et peintures de chiens. Et partout, des étagères et des vitrines croulant sous les figurines, porcelaines, bronzes, livres, médailles, peluches et autres curiosités: «C’est une dame qui avait fait un musée  du chien chez elle et qui nous a tout ­légué à son décès, explique Michaël Pacella. Quant à la statue de saint Roch, là, elle nous a été offerte par une église qui a fait une bénédiction des chiens. Car saint Roch est le protecteur des animaux.» 

Juste à côté, un autre couloir mène aux espaces intérieurs et extérieurs réservés aux chats: de petits paradis douillets, meublés d’une multitude d’arbres, de canapés et de poufs agrémentés de couvertures moelleuses – et même d’une lampe chauffante, sous laquelle se prélasse justement Nuka, un beau matou noir. «Nous avons ouvert la chatterie en 2015 et pouvons accueillir une vingtaine de félins. Mais nous en prenons généralement quinze, de manière à ce qu’ils aient leur liberté de mouvement et ne soient pas stressés par le nombre, ­explique Serge Baumann. Ce ne sont pas des animaux de meute, et s’ils subissent trop de stress, ils déclenchent des maladies.»

Vidéos à succès

Dolly
Dolly

Actuellement, le refuge accueille dix chats et une quarantaine de chiens. «Cela dépend de la période, remarque Michaël Pacella. Nous faisons des publications sur Facebook pour chaque animal et on remarque que les chats sont plus rapidement adoptés que les chiens. Nos vidéos remportent aussi toujours un grand succès: pendant le confinement, on a ainsi montré Tiny qui se promène avec une peluche en forme de cœur et qui va se coucher sur un canapé avec le cœur posé du côté où il est écrit ‹I love you›. On a fait sept millions de vues!»

Un intérêt précieux pour le refuge, qui vit uniquement des dons et de l’abonnement à son magazine trimestriel et qui donne ses animaux «contre la somme que les gens désirent, parce qu’on ne veut pas fixer un prix pour des vies», souligne Serge Baumann. L’endroit fait aussi pension lorsqu’il y a de la place, la priorité étant accordée aux animaux abandonnés. Et ­propose dans une halle attenante un choix d’articles à petit prix: coussins, laisses, niches, caisses de transport et même manteaux pour chiens. Si Floppy, le plus vieux chien du monde et pensionnaire ici, a suscité un engouement mondial jusqu’à son décès à 23 ans, en mars 2017, l’Oasis des Vétérans a maintenant d’autres idées pour continuer à capter l’intérêt du public – mais chut, c’est encore un secret! Et accueille avec toujours autant de ­chaleur visiteurs et bénévoles désireux de promener ses protégés. 

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